WIKILEAKS – L’Asie Centrale

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FUITES, LA COMPIL’ #2

Nouveau tour d’horizon international des fuites produites par WikiLeaks et sélectionnées par LeMonde.fr. Cette fois, c’est l’Asie centrale – secteur stratégique des Etats-Unis pour le transit vers l’Afghanistan et ses ressources naturelles – qui se retrouve dans le collimateur de la diplomatie Américaine. Les pays de cette région se voient notamment dépeints comme des territoires au fonctionnement mafieux, où il est parfois difficile pour la première puissance mondiale de défendre ses intérêts.


AZERBAIDJAN : Les « Corleone »

L’Azerbaïdjan apparaît, d’après un télégramme de 2008 de l’ambassade américaine à Bakou, comme un allié « de longue date dans la guerre contre le terrorisme », « partenaire fermement laïc et pro-américain dans une région assaillie par l’islam radical ».
La diplomatie américaine insiste toutefois sur certains travers du pays, dont une répression et une corruption latente. Un télégramme du 18 septembre 2009 compare le président de l’Azerbaïdjan – à l’aide d’une métaphore filée faisant allusion au film
Le Parrain – à un chef mafieux pragmatique et prudent vis-à-vis de l’extérieur, mais redoutable sur ses terres. En atteste le titre de la note : « Le président Ilham Aliev : Michael (Corleone) à l’extérieur, Sonny à l’intérieur ». Dans le classique de Francis Ford Coppola, Sonny et Michael sont les fils d’un parrain de la mafia New-Yorkaise et aspirent tous deux à sa succession. Sonny apparaît comme un personnage sanguin et impulsif, tandis que Michael se caractérise par une intelligence et un pragmatisme redoutable. Par cette référence cinématographique, la diplomatie américaine met en avant la personnalité complexe d’Ilham Aliev.
Sur la scène internationale, il agit avec
« pragmatisme » et « retenue ».

Sa politique extérieure se voit ainsi présentée comme « maligne et réaliste ». Ilham Aliev entretiendrait également une « image cosmopolite » auprès de ses interlocuteurs occidentaux, avec « ses costumes taillés sur mesure et son anglais parfait ».
Mais sur ses terres, celui-ci se montrerait impitoyable. D’après le télégramme, sa politique
« est devenue de plus en plus autoritaire et hostile à la diversité de vue ». Lui et ses proches « recherchent le prévisible, la stabilité et la continuité pour préserver et protéger leurs fortunes publiques et privées ». Au moindre « défi à son autorité ou affront à la dignité de sa famille, même les plus mineurs, lui et son cercle intime sont aptes à réagir (ou à sur-réagir), au détriment du développement démocratique du pays et du mouvement vers des alliances occidentale ».


Autre personnage important chez les Corleone : le conseiller du parrain qui joue un rôle indispensable et gère les affaires courantes de la famille.
Ramiz Mehdiev – chef de l’administration – occuperait ce poste auprès du président : « Nous voyons les empreintes digitales de Mehdiev sur les arrestations de journalistes, l’étouffement des leaders de l’opposition, la fermeture des mosquées, les restrictions sur les médias », résume l’ambassade.

OUZBEKISTAN : La fille du président et le mystérieux groupe Zeromax

Goulnora Karimova, fille du président de l’Ouzbékistan, apparaît comme un personnage incontournable dans son pays. Sur son site Internet, elle se présente comme docteur en sciences politiques et vante ses nombreuses œuvres de charité et opérations culturelles.

En 2008, celle-ci se voyait même nommée représentante permanente à Genève auprès de la mission de l’ONU. Mais d’après l’ambassade américaine à Tachkent, cette nomination lui permettrait de se rapprocher de Zeromax – groupe actif dans le secteur pétrolier, minier, dans le coton et le textile – qui « assure l’essentiel des richesses de la famille Karimova ». Zeromax fait ainsi l’objet d’un long télégramme de l’ambassade de Tachkent en janvier 2010.

Le groupe se verrait « Impliqué dans presque chaque aspect du business du pétrole et du gaz ouzbek ». Zeromax se serait lancé en 1999 en « obtenant de l’Etat des concessions sur les ressources naturelles à des conditions hautement avantageuses ».
S’appuyant sur plusieurs témoignages, l’ambassade révèle également que
« l’Etat ouzbek a utilisé son pouvoir en soutien des intérêts commerciaux privés de Karimova, lui permettant d’intimider des concurrents et de détourner des revenus supplémentaires vers des entités personnelles comme Zeromax ».
Goulnora Karimova est quant à elle décrite comme une redoutable femme d’affaires : «
La plupart des Ouzbeks voient Karimova comme une personne avide, affamée de pouvoir, qui utilise son père pour écraser les hommes d’affaires ou tous ceux qui se mettent en travers de sa route. »

En mai 2006, l’ambassade soulignait également le rôle clé d’un certain Salim Abdouvaliev.
Ce dernier interviendrait comme intermédiaire pour arranger des appels d’offres du gouvernement. Mais également faciliter l’accès de certains candidats – moyennant finance -à des fonctions publiques. Selon une source de l’ambassade,
« Salim repère les investisseurs étrangers ou autres intéressés par les appels d’offres du gouvernement, les mettant en contact avec un homme d’affaires iranien détenant un passeport britannique. L’Iranien prépare la paperasse, soumettant l’appel d’offres à la fille aînée, Goulnora Karimova, pour approbation ».


KAZAKHSTAN : Vie de château et beuveries

L’ambassade américaine à Astana s’interrogeait en 2008 sur le train de vie des dirigeants du Kazakhstan. Ceux-ci vivraient dans l’opulence, à commencer par le président Nazarbaïev qui « comme tous ses compatriotes, a une forte affinité pour les chevaux ». Celui-ci en possèderait quarante. L’ambassade fait également état de rumeurs, relatant que le président aurait pris une troisième épouse : une « reine de beauté ».


Son beau-fils,
Timour Koulibaiev – vice-président de Samruk-Kazyna : fonds d’Etat contrôlant « 90 % de l’économie du Kazakhstan » – se serait permis une folie pour ses 40 ans. Il a invité Elton John pour un concert privé, moyennant une facture d’1 million de livres. Timour Koulibaiev et sa femme Dinara, fille du président, auraient également acquis plusieurs maisons construites à Bodrum, en Turquie, d’une valeur de 4 à 5 millions de dollars chacune, pour les offrir à des proches. L’ambassadeur se permet par ailleurs quelques jugements de valeurs sur les us et coutumes de certains dirigeants Kazakhs, qui aiment se relaxer selon « la bonne vieille méthode de l’homo sovieticus, c’est-à-dire en se saoulant jusqu’à l’abrutissement ». Le ministre de la défense Danial Akhmetov (limogé en juin 2009) serait ainsi arrivé complètement ivre à un rendez-vous avec un responsable militaire américain en 2007, expliquant qu’il sortait d’une réception en l’honneur d’officiers tout juste promus.

KIRGHIZISTAN : un pays « ami » des américains

En avril 2010, quelques milliers de manifestants provoquaient la chute du président Kourmanbek Bakiev, proche des Etats-Unis (qui disposent sur place d’une base stratégique pour le ravitaillement de leurs troupes en Afghanistan). Son fils Maxime Bakiev est quant à lui soupçonné d’être un des instigateurs de pogroms contre la population Ouzbeks dans le sud du pays ayant fait 2000 morts en juin dernier.

En septembre 2009, l’ambassadrice américaine avait déjeuné avec ce même Maxime Bakiev dans une atmosphère « extrêmement chaleureuse et amicale ». Ce dernier lui décrivait notamment « les machinations russes contre les Etats-Unis ». Et expliquait : « J’ai mes propres experts informatiques, ils sont excellents, et nous arrivons à intercepter et lire les communications du FSB [les services secrets russes] ».


Mais l’ambassadrice ne se serait pas laisser bluffer : d’après de nombreuses sources, Maxime Bakiev serait « très dévoué à son propre avancement et à ses intérêts financiers ». Celle-ci relativise toutefois cet aspect ombrageux de cet homme « malin et bien élevé » : « Si cette relation doit être cultivée avec prudence, nous pensons qu’elle peut aussi apporter d’importants dividendes au gouvernement américain ». Même si « la corruption générale à tous les niveaux de gouvernement est une barrière au développement économique ».


TURKMENISTAN : ou comment régler ses problèmes de criminalité

En juin 2008, le ministre de la défense – le général
Agageldi Mammetgeldiev – expliquait à un haut gradé américain que son pays ne craignait pas le crime organisé. L’ambassade résume ainsi ses propos : « Au moment de l’indépendance en 1991, l’ancien président Niazov a rassemblé tous les chefs des organisations criminelles et les a exécutés en public. Le Turkménistan a ensuite imposé un régime de visa strict qui a réussi à les garder éloignés. Plus de problème. »


L’ambassade évoque également des arrangements entre le pouvoir et la société russe Itera en 2008, « Selon des sources parmi les expatriés à Achgabat » un yacht d’une valeur de 60 millions d’euros aurait été offert à Gourbangouly Berdymoukhamedov – président du pays depuis 2007 – par la société russe. Actif dans l’hôtellerie, les champs de gaz et de pétrole, la construction de chemins de fer et d’autoroutes, le groupe Itera multiplierait les projets au Turkménistan d’après les diplomates américains.

Jonathan Bordessoule, d’après LeMonde.fr


Voir la première compil’ sur WikiLeaks

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Les commentaires (1)

  1. Cette livraison de Wikileaks, les câbles diplomatiques, ne nous apprend pas grand chose qu’on ne puisse apprendre en se renseignant un peu, elle ne me semble pas offrir de réel intérêt par rapport à l’objectif premier de Assange. C’est plus une bombe à merde lancée sur la politique extérieur américaine, ce qui n’est pas déplaisant au demeurant, qu’elle soit volontaire ou une déviation « scoopiste ».