[Ma Campagne Électorale] Mélenchon

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[Billet d’humeur] Les 23 avril et 7 mai 2017, j’aurai le devoir solennel d’élire notre prochain président de la République française. Eclairé, mon vote aura une incidence sur l’avenir de notre pays. Voilà qui n’est pas une mince affaire : j’ai entre les mains un petit papier anodin de 148 par 105 millimètres qui actera le sort de millions de compatriotes.

La Guadeloupe, ses ti-punchs, sa mer cristalline, son poulet colombo, son planteur, sa poyo, son schrubb, son tourment d’amour, son punch-coco, sa Soufrière, son vieux rhum, son poulet boucané, ses mojitos… Et son meeting de Mélenchon ! Les pieds dans l’eau, nous pouvons nous pavaner sous les cocotiers cependant que nous parviendrait la parole du tribun. La casquette vissée sur la tête pour éviter l’insolation, parce qu’il tape fort.

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Jean-Luc Mélenchon

Dès 25 ans, Jean-Luc Mélenchon fait ses gammes socialistes et gravit avec entrain les échelons qui séparent l’adhérent lambda du poste de sous-ministre beta de Jack Lang, lui-même placé sous Jospin. Le mille-feuilles est déjà quelque peu indigeste mais il a l’intestin à toute épreuve. Il sera des atterrés présents dans le bureau du QG au soir du 21 avril 2002. Le choc est rude mais il a le cœur vaillant. Au Parti Socialiste (PS), les courants de la gauche de la gauche sont toujours détachables selon les pointillés. La déchirure inéluctable est nette, il a la poignet agile. Le PS quitté en 2008, il fonde le Parti de Gauche (PG), une étiquette aussi claire que celle du Port-Salut. Plus le temps passe, plus sa voix devient verveuse, alors que d’autres chevrotent déjà. Fort d’une coalition créant le Front de Gauche, il obtient la députation européenne et arrive en quatrième position de l’élection présidentielle de 2012 avec 11%. Les chemins qui mènent au trône sont alambiqués, mais le cerveau est multitâche.

De front, Mélenchon n’en manque justement pas, pour alpaguer bille-en-tête les journalistes. Sa tendance blouson noir qui fait chavirer les trotskistes. Les pisse-papiers ne savent en effet que se prosterner devant les puissants et ignorent le prolétariat du haut de leur tour d’ivoire sise dans le microcosme parisien. De toute façon, la visibilité médiatique de Mélenchon n’est plus dépendante de leur bon vouloir. Il multiplie depuis peu les supports avec succès : les ventes de son livre s’envolent, son blog est suivi par tous les éditocrates qu’il conchie, sa page Youtube est la plus populaire du monde politique. La reconnaissance le fuyait, mais il a les mâchoires robustes. En attendant de pouvoir saisir la croissance à pleine bouche, il a su chercher la notoriété et l’estime avec ses dents. Mélenchon a du panache quand d’autres ont de belles gueules.

Avec l’âge, Mélenchon ne prend pas de l’expérience qui le disputerait à la sagesse. Il rajeunit carrément, est plus fougueux que quiconque. C’est le Benjamin Button de la politique. Sa fulgurance verbale et son énergie juvénile sont copiées par quelque ersatz en pleine mue. Sa voix porte naturellement.

La chaîne youtube dédiée est d’ailleurs un modèle de communication politique revisitée, s’adaptant aux codes de la plateforme. Il y tient une revue de presse que ne renierait pas Bedos. Chaque internaute surveille avec avidité le moment suprême où Mélenchon donnerait lecture d’une question qu’il aurait postée, la minute de gloire à l’énonciation du pseudonyme. La mienne ne saurait tarder…

Habitué aux coups bas, Mélenchon court-circuite donc les médias mainstream pour mieux disposer de sa parole à sa convenance. Il ne craint personne, mais préfère éviter de perdre du temps à s’y frotter. Ni rien d’ailleurs : il fait publicité lui-même de son patrimoine, même si l’exercice officiel le révulse au point d’être tourné en dérision. Pas de scoop à attendre de cette déclaration. D’ailleurs, jamais rien ne lui est reproché. Et ce manque d’aspérité critique pousse forcément certains à s’essayer aux fausses informations devenues monnaie courante. Pas trop longtemps quand même… C’est fou comme le courage est chronolabile.

Il se présente pour cette édition en contournant la primaire dont l’alliance annulaire n’est en fait qu’une lourde chaîne entravant les pieds socialos. La France ne saurait être insoumise avec un fer de lance apprivoisé.

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Mélenchon arrive en Gwada. L’écosystème y est d’un équilibre fascinant. La vie y est comme préservée des vicissitudes urbaine. C’est beau mais soporifique. Aujourd’hui, l’ouragan Mélenchon est de passage. Ca va éructer et réveiller les forces ankylosées. Il est venu, sans pédalo, tonitruer à l’oreille des Guadeloupéens.

Le meeting

Mélenchon est un agitateur né. Mais ce n’est pas pour faire tomber des noix de coco qu’il s’est déplacé. La salle est remplie de 250 personnes. L’affluence est telle qu’autant sont empêchés d’accès à l’extérieur. Mélenchon donne carrément à braver les bouchons routiers et la pluie tropicale comme on casse des briques sur un tatami : de façon totalement envoûtée (oui, en fait, en lieu et place de casquette, c’est d’un parapluie dont nous aurions besoin).

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Dans la salle devenue moite, les vitupérations expirées et les mouvements brefs saccadés jouent comme un ventilateur. C’est bien d’un air frais et vivifiant que nous gratifie Mélenchon.

Nouvelle formule de meeting : une scène centrale, sur laquelle il se déplace façon stand-up. Les vannes fusent et ça casse à qui mieux mieux façon puzzle. Le show est rôdé. Sans prompteur. Il a tellement testé ses chutes au cours de tous ses déplacements depuis des mois que le texte est mémorisé impeccablement. Le public lui-même, conquis d’avance, connait les tirades. Certains terminent les phrases. Ça serait chanté au piano, on jurerait un concert de Bruel. Le spectacle reste pourtant toujours aussi attirant comme un film culte que l’on visionnerait pour la quinzième fois.

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Mélenchon lévite au-dessus de tous. De tous les coqs s’égosillant sans discontinuer tous les jours sur cette île, il est le plus intelligible.

En voilà des idées qu’elles sont bonnes

Le programme est écrit par toutes et tous. Des réformes pour nous et par nous. Pour résumer, il semble que le mouvement de la France insoumise ait permis de créer le programme ‘Avenir en commun’, issu d’initiatives populaires disséminées dans toute la France. Les propositions ont été amalgamées et triées par des rapporteurs dédiés qui en auront tiré des synthèses et publié des livrets thématiques.

Tout n’est pas toujours à jour de publication sur le site et les dates sont parfois dépassées. Mais cela prouve justement le travail sacerdotal de formicidés (toute espèce de fourmis comprises) et que toutes les propositions font l’objet d’une lecture pointilleuse. Les équipes ne veulent passer à côté d’aucune suggestion. Ce travail laborieux d’élaboration de programme n’a rien à envier à au pseudo-programme participatif produit par les algorithmes de Macron. Mélenchon est un visionnaire, il en est copié par tous.

Quoi qu’il en soit, ces contre-temps n’ont que peu d’importance. Car tout sera remis à plat dès juillet prochain via une assemblée constituante. Disons que il s’agit d’un programme de chauffe.

Le socle de la révolution prônée s’articule autour des réflexions écologiques. Idée novatrice répliquée par les concurrents également. L’étincelle viendra d’un SMIC réévalué à 1300 euros nets. Conséquence directe : l’agent rationnel qu’est le « sans-dent » préférera optimiser l’allocation de ses nouvelles ressources à l’achat de produits biologiques. CQFD. La demande poussera d’autant à la production d’articles issus de l’agriculture biologique. Et le cycle vertueux sera amorcé. Rien n’est plus simple.

En marge, puisqu’il restera du temps à consacrer à d’autres sujets annexes, il va de soi que l’accord transatlantique TAFTA sera refusé, la loi Travail dite El-Khomri sera abrogée, les traités européens refondés, les banques réformées… Enfin des actions claires, concrètes et simplement édictées. Comme quoi il n’y a que les cons qui parlent abscons.

Mélenchon est un stakhanoviste. Et personne ne saurait lui tenir tête. D’ailleurs, quelqu’un qui est résolument capable d’ignorer une résolution l’ONU vieille de 40 ans est hautement qualifié pour faire plier l’Union Européenne dans les meilleurs délais.

La question

Monsieur, en février 2016, vous m’aviez confié que vous ne vous représenteriez pas pour ces élections car vous étiez ‘fatigué et usé’ de la dernière campagne. Quels sont les éléments qui vous ont fait changer d’avis ? Pourquoi ce revirement finalement ?

Mélenchon est un roc, résiste à tout. Et il ne craint donc pas de remettre en péril sa santé, régime de quinoa compris. Il n’est pourtant pas prêt à tout pour avoir l’assentiment unanime : danser le zouc l’échaude. Bien lui en prend. Et cela finira de me rassurer aux côtés de n’importe quel sceptique : Mélenchon ne fera pas plus de danses du ventre pour alpaguer coûte que coûte l’électeur. Pour lui, 2017 ne sera pas l’année des sornettes.

Voilà qui pourra me faire réviser mon dernier jugement. Le Figaro lui-même pourrait se laisser convaincre, c’est dire !

Khla Tonkpin

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Avec le temps, sans doute Mélenchon trouvera à répondre à ma question. S’il a su attendre quelques dizaines d’années pour l’ultime consécration, je saurai patienter moi-même.

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Les commentaires (3)

  1. Bonjour,

    Je ne comprends pas l’allusion à une résolution de l’O.N.U.
    Pouvez-vous m’éclairer ?
    Merci pour votre aide
    Yves Robert

  2. Yves,
    dans son programme dédié aux départements d’outre-mer, Mélenchon parle de solutions spécifiques au département de Mayotte et considère donc ce département comme légitimement français. Or, Mayotte fait partie des Comores aux yeux de l’instance internationale qu’est l’ONU et une résolution a été votée en ce sens en 1975 (http://www.un.org/french/documents/view_doc.asp?symbol=S/RES/376%281975%29) et son indépendance doit lui être rendue. Il est écrit explicitement de « la nécessité de respecter l’unité et l’intégralité de l’archipel des Comores composé des îles d’Anjouan, de la Grande-Comore, de Mayotte et de Mohéli ». Le référendum organisé par la France ne saurait être recevable. En effet, toute forme de référendum ou consultation qui pourrait être organisée ultérieurement en territoire comorien de Mayotte par la France est rejeté et toute législation étrangère tendant à légaliser une quelconque présence coloniale française en territoire comorien de Mayotte n’est pas valide. En conclusion, la France doit « se retirer immédiatement de l île comorienne de Mayotte et de respecter sa souveraineté » (quelques détails supplémentaires par là : http://latelelibre.fr/2013/05/23/france-puissance-coloniale/). Il semble que Khla Tonkpin voulait souligner le paradoxe de voir Mélenchon parler de souveraineté des peuples tout en balayant une résolution en ce sens…
    P.S. Yves Robert… LE Yves Robert ?

  3. Eh bien ! Je lis l’article avec du retard ( le meeting aux Antilles, ça date déjà…) mais je suis vraiment heureuse, moi-même insoumise, que les solidités du candidat comme du programme des FI transparaissent dans cet article. Merci de votre honnêteté et de votre sincérité, denrées rares. Ceci dit, cette affaire de Mayotte est à réexaminer, elle pose une sérieuse question !
    Amitiés.