[Ma Campagne Électorale] Macron

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[Billet d’humeur] Cette fois, c’est la bonne. Le 7 mai 2017, j’aurai le devoir solennel d’élire notre prochain président de la République française. Éclairé, mon vote aura une incidence sur l’avenir de notre pays. Voilà qui n’est pas une mince affaire : j’ai entre les mains un petit papier anodin de 148 par 105 millimètres qui actera le sort de millions de compatriotes.

J’erre machinalement dans un hypermarché dans une zone commerciale péri-urbaine quelconque, la liste de courses à la main. Toujours la même, sempiternellement. Arrive au rayon des lessives. Marques connues. Un nouveau produit surgit, placé ostensiblement en tête de gondole. Qui allierait le meilleur des détergents et le plus efficace des adoucissants. Je sais pertinemment que cette lessive utilise les mêmes agents azurants, les mêmes tensio-actifs et les mêmes enzymes gloutonnes que les autres. Mais c’est chaque fois pareil : la tentation de l’essayer est la plus forte, de vérifier que le blanc ressort plus blanc. Au moment du passage en caisse, sans doute aurons-nous à en payer un prix plus onéreux…

Emmanuel Macron

C’est l’histoire d’un quarantenaire. Quasi. Affublé d’une tête de chérubin. Et dont le diastème entre ses incisives supérieures n’est pas sans amplifier la face angélique. La largeur génétique de son front est inversement proportionnelle au front républicain censé se souder à toute fin de repousser la tare démocratique frontiste qui nous menace au second tour de cette présidentielle. Il porte avantageusement le costume sombre (ce qui est plus reluisant qu’un tee-shirt, concédons-le).

Contre toute attente, Macron a réuni 24.01 % des voix au premier tour, malgré les ingérences russes. Alors qu’il était un illustre inconnu du paysage public il y a encore cinq ans. Aujourd’hui, la perspective de la fin de ce scrutin contre Marine Le Pen ne l’impressionne guère. Macron se voit conquérir le Graal élyséen, si proche, si chaud. Il a le visage conquérant et plein d’assurance de l’enfant qui possède la dernière panoplie de super-héros. Son profil grec reste avenant et serein, malgré cette ascension fulgurante du mont Olympe gravi à marche soutenue. Rien ne lui fait peur du haut de son insouciance juvénile. Macron est un battant.

Ascension fascinante, oui. Et exemple vivant, probatoire, de l’efficience de la méritocratie. Car Macron s’est fait tout seul, a avancé dans l’adversité, a déplacé des montagnes. Il a d’abord bataillé à Sciences-Po. Puis dû faire preuve de persuasion pour évoluer au sein du cercle intellectuel de la revue Esprit (il est vrai que tout le monde n’a pas la chance d’être un philosophe lettré). Il y découvre et considère la deuxième gauche. Il y tisse des liens indéfectibles.

Sorti de l’ENA, il fait des pieds et des mains pour être présenté à Jacques Attali, la figure tutélaire indéboulonnable des cercles économiques orthodoxes. Il le convainc de lui confier le poste de rapporteur général adjoint de la commission sarkozyste dédiée à la libération de la croissance. Le jeune inspecteur des finances Macron y remplit son carnet d’adresses, jeune entreprenant qu’il est (il côtoie les PDG d’Euronext, d’AXA, de Nestlé, du Crédit Agricole SA, d’Essilor, de Volvo, d’Areva, d’Orange, de Cetelem, les anciens commissaires européens Mario Monti et Ana Palacio…).

« Ceci n’est ni un rapport, ni une étude, mais un mode d’emploi pour des réformes urgentes et fondatrices. Il n’est ni partisan, ni bipartisan : il est non partisan », selon les premiers mots introductifs du rapport

Dans le catalogue de mesures du rapport, pointent déjà les prémisses d’un dépassement des clivages, de réformes fondatrices visant à déstructurer les rentes odieuses, les situations acquises. Macron a trop souffert pour ne pas tenter d’intervenir. Il veut permettre à tous de pouvoir également saisir leur chance. Dans la droite ligne de l’esprit de libéralisme égalitaire, dilué de méritocratie. Toute une revendication. Les bases de son projet fondé sur la concurrence et la déréglementation sont posées : taxis contre chauffeurs de VTC, bus contre trains, dérégulation partielle du recours aux professions juridiques (huissier, notaire, greffier, etc.)… Des idées libératoires, selon sa novlangue. A ne pas confondre avec libérales.

Au sortir de la remise du rapport Attali, Macron s’introduit de force dans la banque d’affaires Rothschild, en tant qu’associé-gérant. Puis, lancé comme un bélier, se présente à Hollande. La lune de miel débutera sous les ors du secrétariat général de l’Élysée. Le prodige finira sa conquête en squattant le bureau du ministère de l’économie. Macron n’a pas froid à ses beaux yeux d’acier. Pour toute récompense, une loi portera même son nom, dans laquelle sont assouplies les règles de licenciements collectifs, élargies les ouvertures dominicales des commerces, allégée la fiscalité sur les actions gratuites, permise la privatisation de la gestion d’aéroports régionaux

Macron rêve de réformes, ne jure que par elles. S’imagine en nouveau référant du modernisme, comme tant d’illustres non-partisans avant lui qui se prévalaient d’être au-dessus des partis…

La seule solution, c’est de partir, c’est de quitter les partis, de sortir des classifications, de poser des objectifs – modernisation, Europe, formation politique nouvelle – et de laisser venir dans cette direction les Français, d’où qu’ils viennent, qui se sentent appelés par cette possibilité, selon Jean Lecanuet, durant la campagne présidentielle 1965 (tiré du livre « Les conquérants 2017 : Présidentielle, leurs points forts, leurs handicaps« , par Eric Revel et Xavier Panon, éd. L’Archipel)

Mais Macron est essoufflé de tant de précipitations et de vitesse. Il suinte de social-libéralisme. Et son odeur de transpiration attire autour de lui les partisans et rassure les introduits de longue date des grands clubs. Ces derniers vont chaleureusement lui venir en aide, le soutenir dans ses dernières aspirations. Des professionnels de l’image le louangent de tant de témérité et débute une passion torride avec les médias (de Libération à Le Monde, en passant par L’Obs, L’Express, Le Parisien, Challenge…). Macron crève l’écran, crève les couvertures !

Il revêt le sourire ravi de cette noblesse qui se prépare à son nouvel âge d’or. Comme quoi tout le monde peut nourrir l’espoir de devenir millionnaire et y parvenir. Étiqueté progressiste, Macron est salutaire pour la France comme Giscard en son temps, la mèche en plus.

L’avenir à belle allure, magnifique prestance.

scène

Le meeting

(chapitre à lire en écoutant ça)

Après quelques agapes clinquantes à la Rotonde, Macron festoye à toute proximité de la Pena Festayre, porte de la Villette (Paris). Un dernier meeting parisien placé sous le signe populaire donc. Pas que. Les courtisans sont toujours présents. Avec eux, les ralliés de la dernière heure devant l’imminence de la consécration.

ferme

Il y a un peu plus d’un an, les ministres moquaient sa grosse tête gonflée aux sondages, son absence d’ancrage local qui le laissait loin des réalités des vraies gens et ses soutiens parlementaires comptabilisables sur les doigts d’une main (Terrasse, Ferrand, Leroy, Patriat). Les moqueurs ont rapidement déchanté depuis le 23 avril dernier et se précipitent vers lui.

Ça donne un mélange assez hétéroclite, baigné de quelques grumeaux : Gérard Collomb, François Bayrou, Catherine Lara, Jean-Yves Le Drian, Yassine Belattar, Bertrand Delanoé, un des frères Bogdanoff, Harlem Désir, les restes de Rachid Taha, Alain Madelin, Erik Orsenna, Laurent Baril et Olivier Pécoux, associés-gérants de chez Rothschild restés proches… Et Ségolène Royal, les yeux embués devant une telle réussite, nostalgique de sa propre tentative avortée de Désirs d’Avenir, si similaire….

royal

La halle d’exposition est transformée en boîte de nuit géante. Les basses tapent dans le cœur et les lumières pulsent de manière bigarrée. Je peine à entrer dans les parties sélect, scruté que je suis par les vigiles recrutés tout droit du Sherwood de ma plus tendre adolescence.

vigiles

Finies les envolées d’évangéliste politique, le public est définitivement envoûté sans ce stratagème. Les rangées sont exaltées dès son arrivée. Macron survole, surnage. Dans toutes les dimensions, mystique comprise. Il transcende son auditoire du haut de son pupitre en forme de chaire ecclésiastique. L’imprécateur parle deux heures durant avec une telle grandiloquence qu’il convient de se demander pourquoi certains critiquent encore sa façon d’enchaîner les lapalissades comme on enfilerait niaisement des perles. Encore des qui n’ont rien compris.

 « Le vieillissement a toujours existé »

Nous nous unissons d’un même élan, frais convertis et fidèles, dans une communion émotionnelle positive et bienveillante. Notre cœur bat cette fois des paroles charismatiques et des vérités profondes débitées, des truismes et des évidences à la portée de tous.

pomme

Développer et valoriser les compétences de chaque français, s’appuyer sur l’innovation, redonner confiance en chacun, libérer les forces vives, tenter l’impossible, combattre la précarité, permettre l’épanouissement, inventer l’impensable, soutenir et partager, donner à autrui, construire l’espérance, créer une laïcité ferme mais ouverte, réconcilier les France, s’émanciper des carcans, façonner, porter le projet, défendre la vérité, redonner une véritable place, laisser les toilettes comme on aimerait les trouver en entrant…

« Une France qui libère, pour ne plus être bloquée par des règles devenues obsolètes »

Macron consume les pupilles, dilate la joie. Quelques secondes de son discours galvanisent pendant dix bonnes heures. Nous sortons confiants, emplis de persuasion. Nous venons d’assister à une gigantesque séance de management, de team building, un genre de conférence TEDx, une sorte de keynote à la Steve Jobs. Cela est d’une efficacité redoutable. Moi-même, une fois ralliée ma maison en Uber, ragaillardi et revigoré que je suis, je termine de fixer des étagères que ma femme désespérait de voir en place un jour, change l’eau anaérobique de l’aquarium qui verdissait depuis trois semaines et prépare une belle sole meunière pour le soir même.

yeux

Tous les médias internationaux n’ont d’yeux que pour lui. Favori de tous, sa femme elle-même se transpose déjà dans le rôle de première dame affectée aux bonnes œuvres caritatives et emplie de charité compassionnelle.

fauteuil

En voilà des idées qu’elles sont bonnes

Macron s’appuie sur une stratégie musclée en marketing et en techniques managériales adeptes du mouvementisme. D’abord fonder un mouvement, donc. En Marche ! » dès avril 2016. Après les téléprompteurs, s’accaparer la stratégie électorale digitale adoptée par Obama en 2012.

pupitre

Soit 4 000 volontaires utilisant l’application « La Grande Marche » sur leurs smartphones et tablettes, 6 200 quartiers sélectionnés pour constituer une base représentative afin de recueillir les données. Des porte-à-porte et de la collecte de données de masse. Aux manettes, Proxem (start-up spécialisée dans l’analyse sémantique de big data textuelle) et Liegey Muller Pons (start-up de stratégie électorale en Europe qui croise les données de l’Insee et les résultats des derniers scrutins pour repérer à l’échelle des bureaux de vote les secteurs où un candidat a le plus de chances de gagner des voix).

Le tout est allègrement mouliné par des algorithmes. Il suffit finalement d’appuyer sur les bons boutons pour voir se dégager des corrélations, identifier les préoccupations de certaines catégories socio-professionnelles, les problèmes concrets que dit rencontrer tel ou tel bassin de population et fournir une cartographique des préoccupations dominantes des Français.

Et oui ! Fini l’ère des gourous de la communication. Trop has been. Les campagnes sont de plus en plus scientifiques. Macron est le président du futur, connecté 4G. Après le président normal, le président numérique. Bientôt, le président intelligent artificiellement ?

Tout cela pour un programme de 17 pages. Macron a décidément su conserver de Hollande son esprit de synthèse consensuelle.

« Je veux redonner à chaque Française et chaque Français confiance en eux, confiance en la France et dans notre capacité collective à relever nos défis »

L’objectif est de réduire les cotisations sociales payées par les salariés, les indépendants et les fonctionnaires qui sont ventilées en des postes budgétaires imperceptibles au commun des mortels. Exonérer 80 % des ménages de la taxe d’habitation. Ouvrir les droits à l’assurance-chômage aux salariés qui démissionnent, à raison d’une fois tous les cinq ans, de quoi permettre des démissions collectives massives et supplanter les grèves si difficiles à organiser. Suspendre les allocations chômage en cas d’efforts de recherche insuffisant ou d’offres raisonnables refusées. Le maillage géographique des cars Macron permettront de satisfaire l’offre d’emplois éloignée, ce qui est puissamment bien réfléchi (réfléchissez mieux !). Supprimer 120 000 postes d’agents publics en 5 ans, une poire coupée en deux des offres concurrentes. Baisser l’impôt sur les sociétés pour compléter la fade et superficielle mesure du Crédit Impôt Compétitivité Emploi à plus de 20 milliards. Remplacer l’ISF par un impôt sur la fortune immobilière simplifié pour faciliter les déclarations et éviter les déconvenues de sous-évaluation de ses biens immobiliers. Permettre aux couples d’optimiser leur impôt sur le revenu en toute égalité des millionnaires qui optimisent fiscalement leurs gros revenus dans des paradis fiscaux. Appliquer un prélèvement forfaitaire à 30% sur les revenus du capital mobilier, car l’impôt progressif n’est pas fait pour les forces progressives.

Macron a la main généreuse.

main

La question

La question se pose de savoir dans quel état sera la France au sortir de ce prochain quinquennat ? La société française ? Le service public ? Les salariés ? La population ? L’interrogation est entière sur ce qu’il adviendra politiquement de la Cité au regard des grands chamboulements et déconvenues de ces dernières semaines. Cela se cristallise. Le manichéisme est de retour.

La réponse adviendra donc certainement dans cinq ans. Macron a tout le temps de la faire mûrir. Ou pas.

Khla Tonkpin

Cadeau bonus

Certains voyaient Macron comme un prédicateur prêchant depuis sa chaire. Revenus de cette illusion oratoire messianique, d’autres sont témoins de l’étendue des pouvoirs réunis entre les mains de Brigitte Macron quand elles les apposent.

marche

Liens

Pour faire valoir le report de votre voix, https://ledeuxiemebulletin.fr/

Le replay intégral du débat d’anthologie télévisuelle : https://youtu.be/i5aqL7FBxyI

Le bonheur du Figaro lors de la nomination de Macron au ministère de l’économie

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