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La Cathédrale des Migrants de la Chapelle

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Des blocs de pierres entreposés par la Mairie de Paris empêchent les migrants de s’installer. Scandalisés, une vingtaine de tailleurs de pierre, de sculpteurs et de graveurs se sont rassemblés à la Porte de la Chapelle pour tenter de tailler de l’espoir et donner forme à la solidarité.

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Centres surchargés, migrants à la rue

Un centre humanitaire avait ouvert à Paris en novembre dernier, dans le XVIIIe arrondissement, tout près de la Chapelle. Il a pour vocation d’accueillir tous les migrants n’ayant pas pas déjà été enregistrés dans un autre pays de l’Union européenne, et dirigés ensuite ailleurs en France afin de faire leur demande d’asile. 400 places, pour un accueil « inconditionnel » de cinq à dix jours. Et pour assurer la « fluidité » de ce dispositif, l’Etat (à qui il revient d’assurer la prise en charge des demandeurs d’asile) propose ensuite « une offre d’orientation dans un centre d’accueil adapté ». Ainsi, plus de 5000 migrants ont été hébergés dans le centre, dont plus de 3 000 ont été orientés dans des structures spécialisées, centre d’accueil d’orientation (CAO) ou centre d’hébergement d’urgence (CHU migrants) en Ile-de-France.

Mais très vite, l’afflux de réfugiés a dépassé la capacité d’accueil du centre et les CAO surchargés ont provoqué des retards dans le travail d’orientation des réfugiés, dont le séjour dans le centre humanitaire dépasse alors les cinq à dix jours prévus initialement. Le 16 février déjà, la maire de Paris annonçait les difficultés : « les perspectives pour les prochains jours laissent à penser que le décalage entre le nombre de demandes et le nombre de solutions offertes sera rapidement insoutenable ». C’est chose faite, des centaines d’hommes, afghans et soudanais pour la plupart, dorment désormais dehors, faute de place.

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L’appel des tailleurs contre les pierres « anti-migrant »

Sous le pont de la Porte de la Chapelle, dans l’attente de travaux, la Mairie de Paris a fait installé des blocs de pierre de Saint Maximin, « de la belle pierre de l’Oise », précise Fred, tailleur de pierre du collectif Coeur de pierre et solidaire. En février, il avait lancé l’appel : « face à la mise en place le 12 février de blocs de pierres sous le pont de Paris à la porte de la Chapelle pour empêcher des réfugiés de trouver un espace abrité, nous, gens de métiers, tailleurs de pierre, graveurs et sculpteurs, professionnels travaillant à la restauration et la conservation de notre patrimoine bâti, artistes et plasticiens participant au rayonnement de la culture française, considérons que cet acte est indigne des valeurs de fraternité universelle auxquelles nous sommes attachées et que les pierres sont faites pour bâtir des ponts et non pas des murs ». Tailleurs de pierre, sculpteurs et graveurs de toute la France étaient ainsi invités à rejoindre la Chapelle afin de mettre leurs « compétences et [leurs] savoir-faire au service [des réfugiés] afin d’interpeller l’opinion publique sur cet état de fait et plus généralement sur la situation dramatique des migrants ». Leur action : tailler dans la roche la colère, l’espoir et la solidarité.

La Ville de Paris se défend d’avoir entreposé les pierres dans le but d’empêcher les migrants de s’installer. « En raison des travaux du tramway, des blocs de pierre situés devant le centre d’accueil de migrants du boulevard de la Chapelle ont été déplacés vendredi dernier par les services municipaux pour être déposés sous un pont situé à proximité, ce pont devant prochainement faire l’objet de travaux », explique Anne Hidalgo dans un communiqué. « Alors que depuis deux ans Paris est confrontée à une crise migratoire sans précédent, les services municipaux n’ont eu de cesse d’agir pour mettre à l’abri les migrants arrivant dans la capitale. Ce sont plus de 40.000 personnes – près de 1.700 par mois – qui ont ainsi été sorties de la rue, grâce à l’action conjointe de la Ville, des associations et de l’Etat ».

Redonner du sens à la pierre

Doutant mais tout de même désireux de le croire, le collectif Coeur de pierre et solidaire a demandé officiellement à la Mairie de Paris de pouvoir venir tailler les pierres posées là. Mais, sans réponse ils sont tout de même revenus, plus nombreux encore, sous le regard des hommes qui pour la plupart ont fui la mort. Des afghans et des soudanais qui pour certains se prêtent au jeu de la taille, quand d’autres regardent, un peu étonnés, ou d’autres encore réclament un futur plutôt qu’un instant de divertissement.

« Sur la question des réfugiés les gens se demandent souvent comment ils peuvent agir », explique Fred. Sans grand appartement pour pourvoir accueillir, c’est alors en tant que tailleur de pierre que pour lui la possibilité de participer s’est ouverte : « on ne va pas construire ici, ce n’est pas l’objectif, mais on va redonner du sens à la pierre : par notre intervention, la pierre va devenir un symbole qui va parler à énormément de gens, inconsciemment ». Il ajoute : « très modestement c’est ce qu’on essaye de faire ».

Flore Viénot
Image : Camille Saiseau

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Des liens

Facebook de l’association « Petit dej de Flandre »
Facebook de l’association « Solidarité migrant wilson »
Site de l’association d’aide aux migrants « Utopia 56 »
Communiqué de presse de la mairie de Paris au sujet des pierres de la Chapelle

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