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Le Carnaval de Rio de Janeiro : à la Rue !

Publié le | par

String, plumes et samba, c’est souvent l’image qu’on a du Carnaval brésilien. Mais derrière le Sambodrome où défilent les écoles de samba des quartiers populaires, sous les yeux de ceux qui ont pu s’offrir la place, il y a la folie du Carnaval de rue dont les Cariocas revendiquent l’authenticité, face aux grandes entreprises qui veulent en faire un marché, et la police qui voudrait trop l’encadrer. Reportage à Rio pendant la période du pré-carnaval.

La période du pré-carnaval à Rio est presque aussi intense que les quatre jours du Carnaval effectif, car c’est le moment pour les fanfares des différents quartiers de la ville de répéter en grandeur nature leurs rythmes samba, maracatu et axé, pour être fin prêts pour les défilés… dans la rue pour la plupart, au Sambodrome pour les heureux élus.

 

Alors dès l’après-midi pendant cette période du pré-carnaval, les rues frémissent déjà de l’envie de fêter et danser les rythmes que les habitants de Rio fêtent dansent et fêtent depuis presque 100 ans (lorsque en 1917 la première samba est introduite dans le défilé, entre deux valses et polkas alors d’usage depuis la naissance du Carnaval brésilien en 1840).

 

Il est 15h30 dans le quartier festif de Lapa. Soudain, un coup de sifflet résonne… suivi de prêt par une explosion de percussions, à laquelle pas une partie du corps ne résiste. C’est parti… Pendant des heures, jusqu’au petit matin parfois, panthères, oiseaux, héros plus ou moins super, fées et clowns tâchent places et avenues des couleurs métissées de cette belle tradition, suivis par les vendeurs ambulants qui profitent des vibrations de la fête en même temps qu’ils pallient au manque potentiel en sodas et bières de la foule bigarrée.

 

« On s’est fait frapper par la police comme jamais je n’avais vu ça ! »

 

Mais cette année, l’insouciance festive s’est vue brisée par l’intervention de la police, venue chasser de la fête les vendeurs à la sauvette. Les musiciens des fanfares ont alors immédiatement pris la défense des vendeurs estimant qu’on les oblige, en leur interdisant d’exercer leur activité d’entre les lois, à s’effacer du paysage carnavalesque. Sous la pluie estivale, les musiciens sont repartis choqués d’avoir été frappés alors qu’il défilaient, et bien décidés à réagir.

 

Dès le lendemain dans le quartier de Cinelândia, le pré-carnaval a pris le saveur étrange de la colère, avec comme arrière-goût la lutte anti-militaire. « La police ne me rassure pas ! », s’exclame un jeune argentin venu suivre le carnaval en même temps que manifester sa solidarité envers les musiciens et les vendeurs à la sauvette. « Ce qui me rassure ce sont tous ces gens-là, qui se divertissent ! ».

 

Car à Rio, il est vrai que la police n’a pas bonne réputation. Et pour cause… Un rapport publié par Amnesty international révèle que 16% de la totalité des homicides répertoriés sur les cinq dernières années à Rio sont le fait de policiers en service. Et la police est responsable de plus de 1500 morts entre 2010 et 2015.

 

Pour un carnaval de rue indépendant

 

Mais si les manifestants-fêtards revendiquent le droit pour les vendeurs de continuer à vendre leurs bières sans être inquiétés par la Police, ils réclament aussi le droit pour ces camelô de vendre toutes les marques de bières et non pas seulement la bien nommée Antarctica. Car, élue « bière officielle du Carnaval du rue », il est interdit de vendre une autre marque. Alors, les vendeurs de bières doivent être tamponnés « Antarctica », sous peine d’être chassés.

 

En somme, ce jour-là sur la place du quartier de Cinelândia, les musiciens chantent le désir d’un Carnaval indépendant, libéré du joug de la boulimique entreprise InBev, qui rachète petit à petit toutes les bières brésiliennes.

 

« Le Carnaval doit être libre, libre comme il l’a toujours été ! », revendique l’une. « Comme une fête dionysiaque ! », revendique un autre. « Liberté ! Folie ! » répètent-ils tous en cœur. Car au delà de tout, c’est à l’essence du carnaval que les joyeux manifestants veulent se lier. A cette essentielle folie qui permet, le temps du Carnaval, de retourner le monde et ses conventions. Le riche devient le pauvre, le pauvre le riche, le fou le sain d’esprit, le raisonnable le cinglé. Où est la norme ? Loin désormais… complètement décalée… Dans le cortège extravagant des siphonnés, les règles sécuritaires se parent d’irrationnel, la liberté n’y est plus synonyme de sécurité, la rue appartient à tous… On entend même que la folie se situerait « du côté du capitalisme et de tous les maux qu’il emmène », et que « rien n’est impossible à changer » !

 

C’est un bouleversement du monde que les carnavaliers réclament. Un bouleversement « nécessaire ! », affirment-ils. Le temps du Carnaval seulement… ?

 

Flore Viénot

Chloé Vienot

 

Des Liens

 

Rapport d’Amnesty International sur les exactions de la police de Rio de Janeiro

Musiques :

Martinho da Vila « Sublime Pergaminho »

Martinho da Vila « Benfeitores do Universo »

Chiquinha Gonzaga « Ô Abre alas »

 

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Les commentaires (5)

  1. Bien-sur que derrière un événement réussis que ça soit un carnaval ou bien festival ou n’apporte quoi d’autre un énorme travail, nous on ne voix que la dernière étape.

  2. J’espère qu’un jour je m’offrirai une occasion d’assister à cet évènement. Mais c’est malheureux de voir un tel témoignage.

  3. C’est bien le problème, une fois le succès arrivé, l’authenticité se transforme en attraction commerciale, au cours de laquelle tout est dirigé et conditionné pour servir les mêmes personnes … L’envers du décor n’est pas toujours reluisant.

  4. L’un de mes rêves les plus chers, c’est d’assister à cet extraordinaire événement planétaire. Je me suis très bien documenté, et j’avoue que j’ai été impressionné par tout le boulot qu’il y a derrière ce carnaval. Ils travaillent sur les cortèges, les costumes, la chorégraphies et tous les autres détails pendant pratiquement douze mois, pour enfin livrer un tel spectacle, qu’on ne peut suivre nulle part ailleurs.

  5. Le carnaval et le monde de la rue a raison d’avoir ces recommandations, au gouvernement ensuite de l’accepter, le modérer ou non.
    C’est à l’exterieur que cela se passe !