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[REDIFF] Les Chibanis de Voltaire Expulsés

Publié le | par

Le 19 février vers 6h du matin, des CRS ont procédé à l’expulsion de la trentaine de chibanis locataires de l’hôtel Voltaire à Paris. Début novembre, Thibault Pomares et Vincent Massot étaient allés à leur rencontre. Mouss et Rachid du groupe Zebda s’étaient joints à cette énième journée de lutte pour leur offrir un concert de soutien et un peu de chaleur. Nous rediffusons ce reportage.

M.A.J. : Une expulsion de grand-pères

Jeudi 19 février 2015 au petit matin, les forces de police sont venues déloger les « Chibanis de Voltaire », cette trentaine de locataires, retraités pour la plupart. Le 15 décembre dernier, un arrêté d’interdiction temporaire d’habiter les lieux avait été pris par la préfecture en raison de la « dangerosité des lieux » en terme de sécurité incendie. Par la suite, d’après le DAL (association du droit au logement), les locataires – regroupés en association – s’étaient engagés, via un courrier envoyé à la Préfecture de Police, à remplir les exigences des normes en vigueur et à recruter un gardien qualifié sur la sécurité incendie. Mais la Préfecture n’aurait pas donné l’ombre d’une réponse. In fine, les CRS ont été sollicités pour l’évacuation des lieux. Qu’en est-il de la supposée trêve hivernale ?

 

Hébergement d’urgence

Le soir même, chaque Chibanis devaient disposer d’une studette avec sanitaires individuels au sein du Centre d’hébergement de la rue du Loiret a précisé un communiqué de la ville de Paris. Pour Danielle Simonnet, conseillère de Paris (front de gauche), « cette expulsion aurait dû être évitée ». Pour cause, ces retraités immigrés se retrouvent aujourd’hui à investir des logements temporaires d’urgence, alors qu’un relogement « pérenne » était prévu pour le mois de juin…

Un Chibani, qu’est-ce que c’est ?

En arabe maghrébin, un Chibani signifie « vieillard », « vieil homme » ou encore « cheveux blancs ». Pour les dames, on dit « Chibania ». Après avoir trimé en France depuis les années soixante, cette communauté de travailleurs migrants se retrouve aujourd’hui dans l’impossibilité de se rapprocher définitivement de leurs familles au bled, de peur de perdre leurs droits : retraite, sécurité sociale… C’est là toute la différence avec un retraité français ou européen qui, après une vie de labeur au pays des droits de l’Homme, est libre dès sa retraite de partir vivre où bon lui semble sans s’inquiéter de la perte de ses droits. Un Chibani lui, doit obligatoirement attester de sa résidence sur le sol Français au moins six mois et un jour chaque année.

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Les Chibanis de Voltaire, des oubliés qui se rebiffent

Locataires, la trentaine d’occupants Chibanis de l’hôtel parisien Voltaire vit dans des conditions déplorables. Alors que certains de ces migrants habitent cet hôtel depuis les années 60, ce lieu n’a jamais été entretenu. Pas d’eau chaude, pas de douche, trois toilettes sur les paliers pour une trentaine de résidents, des murs qui tombent en lambeaux et des loyers d’environ 400€ par mois !

Quand le propriétaire des murs a remercié la pseudo gérante de l’immeuble dans l’optique de monter une opération de spéculation immobilière, les habitants se sont retrouvés menacés à leur tour d’expulsion. Or d’une part, ces locataires ont des droits et il est illégal de les expulser sans congés ; enfin d’autre part, quand le DAL (l’association du Droit au logement) a constaté l’état des lieux, les Chibanis de Voltaire se sont regroupés en association et ont décidé de porter plainte contre la gérante pour le préjudice subi dans cet immeuble en péril.

CHIBANIS-LUTTE-LATELELIBRE-PARIS-VOLTAIRE

Les Chibanis sont donc plutôt en position de force. La trêve hivernale leur laisse par ailleurs un peu de répit jusqu’au mois de mars. Mais ensuite ?

Un relogement périlleux

Pour Jean-Baptiste Eyraud, le président du DAL, la question du relogement se pose. En effet à l’hôtel Voltaire, leur bailleur « verbal » (car aucun contrat de bail n’a été signé) n’en n’avait que faire de la gestion des lieux lors des absences des locataires qui retrouvaient régulièrement leur famille au Maghreb. Qui plus est, la communauté Chibanis de l’hôtel est soudée et pouvait se rendre mutuellement service lors des absences. L’endroit où ils seront relogés leur permettra t-il de faire ces aller-retours ? Et puis d’abord, comment les reloger ? À leur âge, le foyer est-il une bonne solution ? Ne vaudraient-ils pas mieux que ces papys, compagnons d’une vie, restent ensemble pour ne pas se retrouver isolés ? Enfin les maisons de retraite sont hors de prix et les résidents n’en veulent pas, car disent-ils, leur peu de liberté risqueraient d’y être perdue.

Zebda et les Chibanis

Mouss, chanteur du groupe toulousain Zebda et enfant de l’immigration algérienne a un profond respect pour les anciens, ces oubliés, ces sans voix. À cela s’ajoute l’engagement du groupe auprès des actions menées par le DAL. De passage à Paris pour un concert à la Cigale, Mouss s’est rendu avec le guitariste Rachid chez les occupants de l’hôtel Voltaire pour leur apporter tout leur soutien et surtout un peu de chaleur en leur interprétant « leurs chansons ». Celles des anciens, celles qui ont rythmé leur vie à eux, les Chibanis et tous les migrants du Maghreb. Des musiques qui ont aidé le père de Mouss à « supporter » sa condition d’exilé, des mélodies et des chants qui, lorsqu’on subit, donnent du courage.

Dans son dernier album « Comme des Cherokees », le groupe Zebda a rendu hommage « aux anciens » avec la chanson « Chibanis ». A l’occasion de la sortie de cet album, ils ont diffusé ce clip documentaire. Un beau petit film réalisé par Rachid Oujdi.

 


Journaliste, monteur : Thibault Pomares

Images : Vincent Massot
Texte M.A.J : Déborah Buissou

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Les commentaires (2)

  1. Mais je ne comprends pas, ces gens sont expulsés alors qu’ils semblent être les victimes dans cette histoire…
    Pourquoi expulser, avec l’aide des CRS en plus, des pauvres gens qui payent leur loyer et se font avoir par leur proprio. 400€ c’est un scandale.

  2. Comme si un problème ne leur suffisait pas…
    Depuis le 23 mars, 916 cheminots chibanis sont devant les prud’hommes pour faire valoir leurs droits.
    En effet, la SNCF a embauché des cheminots dans les années 70 en les ayant recrutés directement depuis le Maroc. Le statut de cheminot étant réservé aux Français d’abord en ces années reculées et, à partir des années 1990, aux ressortissants de la communauté européenne, la SNCF les a cantonnés à un statut contractuel appelé « PS25 » (http://focentraux.canalblog.com/archives/2014/02/07/29236959.html). Ce statut ne leur permettait que des carrières moins favorables (absence de promotion, exclusion des concours, des avancements et des qualifications, évolution de carrière stagnante, plus faibles rémunérations), des ruptures abusives du contrat de travail (fausse pré-retraite), d’exclusion du service médical et de la caisse de prévoyance des cheminots, des retraites dégradées, etc.
    Ces discriminations sont condamnables. C’est pourquoi la plupart de ces marocains ont saisi le Conseil de prud’hommes de Paris.
    A suivre également.