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[-16] Plaisirs Pour Elles

Publié le | par

Combien de femmes savent que leur clitoris mesure plus de 10 centimètres? Flore et Alice ont découvert que le plaisir des femmes est un combat politique. Un reportage savoureux déconseillé aux moins de 16 ans.

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C’est un petit point. Tout petit point rouge, qui, paraît-il, donne sur un autre monde. On le voit de loin, partagé entre le désir de s’approcher pour gouter à la saveur du nouveau continent, et la peur panique d’être englouti par la puissance du vertige. Car derrière le point, que trouvera-t-on ? Le Vide ?… il paraît qu’il est une porte vers un ailleurs où se côtoient le plaisir intense et la mort, la puissance de la jouissance et l’extinction de la conscience… Alors il faut du courage pour s’approcher de cet inconnu, être prêt à se laisser aller dans une caverne aux plaisirs infinis, au risque d’y succomber…

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Cachez ce point…

Dès le XVIe siècle les médecins pénètrent le corps humain, ils dissèquent pour comprendre. De plus en plus finement on parvient à une connaissance précise de l’anatomie, jusqu’à ausculter aujourd’hui l’infiniment petit de nos chromosomes. Les organes humains n’ont plus de secret, et les connaissances sont partagées, vulgarisées dans les livres scolaires. Tout est passé au crible de la recherche, tout, sauf un organe : le clitoris. Dès les débuts de la recherche médicale, il est régulièrement jeté dans les bras de l’oubli.

En 1559 Renaldo Colombo le découvre, mais on préfère le noyer dans l’étude du système reproductif, utile lui. 100 ans plus tard un anatomiste hollandais finit par souligner l’importance de l’organe, convaincu que sans les plaisirs du clitoris aucune femme n’accepterait de faire des enfants. Mais l’oubli plane, et attaque : pendant 200 ans encore, la source du plaisir disparaît de la connaissance collective, jusqu’en 1844 lorsque l’allemand Gorges Cobalt publie une série de dessins. Alors qu’il figure enfin dans l’édition de 1900 de la bible des chirurgiens Grey’s anatomy, le clitoris disparaît étrangement de l’édition de 1948. Et ce n’est qu’en 1998 que son anatomie se précise (la même année que la commercialisation du viagra aux Etats-Unis), et en 2004 seulement qu’on en fait la première échographie.

Touche-toi, le ciel t’aidera !

Mais si il est régulièrement oublié, c’est qu’il ne sert rien d’autre que le plaisir. Un plaisir enfoui dans les profondeurs du corps féminin. Un plaisir intense dont la puissance impressionne. Comme le mot qu’il sert, la petitesse et la discrétion apparente de l’organe dissimule une richesse incommensurable. A travers la légèreté d’une « sensation agréable » il s’y insinue subrepticement la profondeur insoupçonnée de la « liberté absolue ». Pour son bon plaisir, parcourir la douceur des grands tissus plissés, s’y perdre et se laisser glisser jusqu’au velouté  nervuré du trop de peau, pour atteindre enfin le petit monticule et s’abandonner au gouffre empli d’ineffable divin. Et rougir de plaisir.

Le point maudit

Rougir parce que c’est honteux. Les dogmes religieux le disent : il n’y a d’absolu que Dieu et s’adonner au plaisir est un pêché mortel. Se laisser aller à la volupté de l’organe le plus sensible de tout le corps humain, c’est dépasser le seuil de la maitrise de soi et déraper dans un monde où la logique n’a plus sa place. Là, ce sont les 8 000 terminaisons nerveuses du gland féminin qui font Loi. Car à l’effleurer seulement, on touche au point de jonction entre le délice extrême et la réjouissance suprême. Ce point de rencontre entre deux racines de 10 centimètres entourant le vagin et l’urètre, deux racines plongeant dans les tréfonds mystérieux d’une force –maléfique, évidemment. Et oser s’en approcher, c’est sombrer dans la folie des désirs et des pulsions qu’incarne la sorcière, lascive, à brûler vive…

Si il est moins courant aujourd’hui de mettre au feu les détentrices de l’obscure puissance, on ne sort pas indemne de siècles et de siècles de religion qui, avec force et ténacité ont façonné notre manière de concevoir la Zone défendue. C’est ainsi qu’en 1865, le président de la British Medical Society, le docteur Baker Brown, accuse le clitoris d’être responsable de la folie et de l’hystérie. La solution ? La mutilation de l’organe, l’excision, pratiquée en Europe jusque dans les années 1920, et qui reste une pratique courante dans nombre de pays d’Afrique et d’Asie.

« Jouir sans entrave »

Et notre perception actuelle n’échappe pas à ces soubassements culturels, malgré les apparences… « Avant 68, nous n’existions pas en dessous de la ceinture ! » se souvient Thérèse Clerc, féministe de 86 ans, fondatrice de la maison des Babayagas à Montreuil. Le droit à la « jouissance sans entrave » fut le mot d’ordre de mai 68, paradigmatique de la libération des mœurs. Mais « la libération est en fait devenue injonction » nous dit l’Enquête sur la sexualité en France : pratiques, genre et santé, menée par les sociologues Nathalie Bajos et Michel Bozon en 2006. Car il y a de la culpabilité insidieusement ressentie à ne pas regarder de porno ou à faire partie des 70% de femmes qui n’éprouvent pas de plaisir pendant la pénétration, pourtant socialement considérée comme essentielle à la relation sexuelle. En manque criant de liberté, la parole s’est donc affranchie et a délivré les actes et les pratiques. Mais d’une sexualité exclusivement reproductrice, sans désir ni plaisir, nous en sommes venus à une sexualité à consommer. Consommer l’amour comme des frites de mac do, enfermés dans de vieux restes de religion qui ne dit plus son nom. Car en fait, libération oui, mais pour qui ?

Société patriarcale

« Par nature les hommes ont plus de besoins sexuels que les femmes ». A cette question posée par l’enquête, 72,7% des femmes et 58,9% des hommes répondent oui. La sexualité féminine serait donc inscrite dans une finalité procréative tandis que la sexualité masculine répondrait à la satisfaction d’un besoin physiologique naturel. « Cette prégnance de la norme différentialiste, est la justification ultime de la persistance de ce clivage entre sexualité féminine et masculine, contredisant pourtant l’idéal individualiste et égalitariste » précise les auteurs de l’enquête. Les bases de traditions et d’habitudes de pensées sont solides mais ne résistent pas éternellement aux coups de l’évidence. Toutes les études récentes tendent en effet à démonter cette vision différentialiste. Oui, nous dit Odile Buisson, gynécologue, les femmes ont des désirs, les femmes ont des pulsions, leur sexe n’est pas un vide mais un plein qui se gonfle de sang à l’excitation, et qui se raidit aussi, qui se tend…

« Nous vivons dans une société patriarcale, elle est à l’œuvre de partout, dans tous les domaines ! » s’insurge Thérèse Clerc. Héritières et héritiers du bénédicité, ouvrir la porte de l’apprentissage de ce plaisir enfoui demande donc, aujourd’hui encore, un vrai travail de déconstruction pour se dégager des débris de clichés qui façonnent la relation, même dans ce qu’elle semble avoir de plus débridé et libéré. Pour Marcela Lacub, chroniqueuse à Libération « la promesse de l’égalité réelle ne sera qu’une hypocrisie de plus tant qu’on n’apprendra pas aux femmes que jouir est la condition pour ne plus obéir ».

Le plaisir en toute conscience politique

Et pour connaître, il faut expérimenter. Seule ou bien accompagnée, partir à la découverte du plaisir. Délaisser l’inhibition, se dévêtir des préjugés, déshabiller les conventions, et, enfin nue, partir à l’aventure sensorielle. Toucher, sentir, gouter. « ça m’est arrivé de me masturber oui, mais comme tout le monde… non ? » s’interroge Clotilde, une jeune étudiante. Caresser, humer, savourer. Sans honte ni peur. Pour « se posséder avant de donner ». Car c’est dans la conscience que se forge les rapports entre les individus : pour Laure Sabau d’Osez le Féminisme « la sexualité est éminemment politique, il faut avoir conscience du plaisir qu’on peut éprouver et qu’on peut donner pour bâtir une relation saine ».

Et plonger dans l’absolu, pour se retrouver au delà du temps et de l’espace, exploser les générations et les frontières pour être « totalisée dans un espèce d’alléluia, dans la sommité de l’humanité ». Libérées des contraintes d’une norme inculquée, nous basculons alors dans l’ineffable d’un instant d’éternité. Un plaisir… à en mourir.

Le clitoris, porte d’entrée vers la liberté…

 

Flore Viénot
Alice Pfätzer

Mathieu Fonseca
Montage: Mars Lefébure

 

Des Liens

Campagne Osez le Clito!

Documentaire Arte : le Clitoris ce cher inconnu

Enquête sur la sexualité en France, pratique, genre et santé

 

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Les commentaires (2)

  1. Allons bon, après des siècles de boursouflure (si,si…) phallocratique, dont le porno et les magazines « pour hommes » ne sont que les manifestations les plus récentes, voilà qu’on nous annonce l’ère du clitoris triomphant. Chaud devant! Tout cela est bien gentil, mais les avatars du genre sex-toys ou poupées gonflables ne nous ferons pas oublier que le plaisir est avant tout… dans l’échange.

  2. Excellent reportage, bien argumenté, à la fois sans tabou ni provoc !
    C’est assez rare de nos jours, et moi qui suis de la génération « jouir sans entraves » , je me ré-jouis de voir les jeunes femmes d’aujourd’hui découvrir ce que nous savons depuis longtemps et qui nous vaut une sexualité épanouie.
    Et un autre petit plaisir à retrouver Thérèse Clerc, telle qu’en elle même … Je partage son point de vue totalement.