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[Plantes Interdites #2] : l’Amazone de la Culture Brésilienne

Publié le | par

5000. C’est le nombre de principes actifs qu’on trouve dans la forêt amazonienne, et qu’on utilise dans la fabrication des médicaments du monde entier. Entre folklore et santé, que devient cette culture, transmise de génération en génération au Brésil ? Rencontre avec les sorciers et les sorcières du grand marché aux plantes du Ver O Peso à Bélem, la capitale de la région du Para.


BARRA-MANSA

Les grands laboratoires pharmaceutiques ont peu à peu confisqué l’usage des plantes médicinales partout dans le monde. Désormais, en France et au Brésil, des politiques de santé réglementent fermement leur commercialisation. En 1941 Pétain supprimait la profession d’herboriste. Alors que les savoirs populaires étaient en train de disparaître, des amoureux des herbes se battent aujourd’hui pour redonner la liberté aux plantes interdites. Les sœurs Viénot sont parties à la rencontre de ces sorcières et sorciers bienveillants qui en France comme au Brésil ne veulent pas laisser notre santé dans les mains des laboratoires.

 

L’usage des plantes médicinales, pivot de la culture brésilienne

L’usage des plantes médicinales est ancré dans la culture brésilienne. Un usage très présent à Bélem, la capitale du Para dans le nord du pays, mais inscrit dans une modernité qui remodèle ses contours : spiritismes, Umbanda, Jurema, Candomble, croyances populaires, folklore et connaissances scientifiques modernes dessinent ses lignes, qui s’entrechoquent parfois.

On navigue alors entre santé du corps, dans un pays qui voue un culte à ce dernier, et santé de l’esprit dans ce même pays où la Foi, sous toutes ses formes, est omniprésente.

 

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Les sorcières au grand jour contre les labos

Le grand marché aux plantes de Bélém, le « Ver o Peso », est le lieu emblématique de ces contradictions, où le passé et le présent cohabitent. On y rencontre des « sorcières » qui vendent talismans et potions magiques venues d’un autre temps et des diplômés en phytothérapie qui vendent leurs préparations maison. On y observe également la concurrence, la guerre parfois, entre les gélules fabriquées en laboratoire avec des plantes souvent importées, et les plantes locales vendues à l’état brut. Quant aux clients, il y a ceux qui sont envoyés par leur chef religieux qui les orientent vers un certain type de plante dans le but de soigner le « Mal », il y a aussi ceux qui achètent par habitude culturelle : « ma mère consommait les plantes, tout comme ma grand mère…», et d’autres encore, venus du sud du pays pour découvrir cette culture-folklore qui les amuse.

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Les Matsés écrivent une encyclopédie

Une culture de l’usage des plantes médicinales, devenue folklore donc, balayée par l’industrie du médicament ainsi que par l’efficacité et la facilité d’accès au soin allopathique. En 50 ans, la consommation des médicaments de synthèse a radicalement augmenté au Brésil (le pays représente aujourd’hui 8% du marché mondial), en même temps que la confiance et les connaissances autour des plantes médicinales diminue. Ainsi, la culture traditionnelle telle qu’elle existait du temps des « grand mères » a disparu.

Mais depuis une dizaine d’années, on remarque un regain d’intérêt des brésiliens pour le soin par les plantes. Plusieurs raisons se dessinent.

D’un côté, une prise de conscience mondiale et nationale de la richesse de la biodiversité locale (de la forêt amazonienne mais aussi des nombreux parcs dans tout le pays), qui donne envie aux brésiliens de protéger cette richesse contre le pillage des ressources matérielles et immatérielles de la forêt. C’est ainsi qu’une tribu amazonienne, les Matsés, créent une encyclopédie de médecine traditionnelle de 500 pages, basée sur les connaissances des chamans et dans la langue locale, non traduite. L’objectif : préserver les savoirs ancestraux des communautés amazoniennes en même temps que la forêt.

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La fierté nationale aussi est un moteur : revendiquer la culture qui fait des brésiliens des « vrais brésiliens » passe aussi par un retour à l’usage des plantes médicinales et un désir de connaître. Il y a peu, la fierté partagée par le plus grand nombre tenait au fait d’appartenir au monde moderne. Etre traité de « caboclo », un individu aux origines métissées, chez qui les racines indiennes sont présentes, était alors une insulte. Aujourd’hui, si l’image du « caboclo » est encore celle de l’être de nature, arriéré donc, elle change, de plus en plus valorisée .

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Enfin, la vague « yoga – bien être » n’a pas épargné le Brésil. Une partie de la classe moyenne accompagne ainsi leur pratique de yoga par la consommation de tisanes et autres décoctions. Du bien être en gélule dont ils vont s’enquérir dans les centres sportifs.

 

Ainsi, l’usage des plantes médicinales perdure au Brésil, mais sous de nouvelles formes, toujours en construction. Sur le marché du Ver O Peso, on cherche l’équilibre…

 

Chloé Viénot
Flore Viénot
Musique : Marie Doyeux : création originale « Entre deux Rives »

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Voir les 4 reportages de la série Plantes Interdites

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Les commentaires (4)

  1. Très intéressant reportage des soeurs Viénot qui en assurent l’excellence des commentaires et des images.
    Bravo et grand merci!

  2. Merci pour ces 2 reportages sur les plantes médicinales;
    de beaux reportages où l’humain est au coeur du film!
    l’humain et son savoir oral, avec cette conscience que la mémoire et le savoir faire est fragile; que seules la volonté et la sagesse de transmettre permettra de sauvegarder ce patrimoine précieux!
    avec la conscience que les laboratoires sont à l’affût de toutes ces connaissances pour développer les produits chimiques qui vont rapporteront beaucoup d’argent.
    A quand des reportages sur les plantes médicinales en France?
    nous passons souvent à côté sans les voir…