Nanotechnologie : un Pico-Rapport Invisible à l’œil Nu

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Un rapport rendu public en mai dernier pointe « la toxicité de certains nanomatériaux » et « appelle à un encadrement réglementaire renforcé ». Alors que nous risquons de nous engager vers un nouveau scandale sanitaire de grande ampleur, la médiatisation de cette enquête semble infinitésimale.

Les « nanoparticules » sont des molécules ultra-fines manufacturées, dont les 3 dimensions spatiales sont comprises entre 1 et 100 nanomètres (1 à 100 milliardièmes de mètre). Leur définition exacte est plus ou moins large et varie selon que nous nous référons à la commission européenne, au gouvernement français, à l’OCDE, etc.

Leurs propriétés sont multiples et particulières à ces éléments d’infimes tailles : souplesse, élasticité, conductivité… Les nanoparticules se retrouvent, par le fait des industriels, dans des centaines de biens de consommation courante. Par exemple, dans l’agroalimentaire, elles accroissent les durées de conservation (ce sont les nouveaux additifs permettant fluidité, effets fondants, pétillements, craquements, diffusion plus lente ou plus rapide des goûts), optimisent des processus de production ; dans le textile, les nanomatériaux sont autonettoyants ou antibactériens… Certaines promesses sont même de type médical !

Des coups d’essais dans l’eau

Le 15 mai 2014, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) publie un rapport « d’évaluation des risques liés aux nanomatériaux, enjeux et mises à jour de connaissance ». Ce rapport pointe « la toxicité de certains nanomatériaux » et « appelle à un encadrement réglementaire renforcé ».

L’Anses n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Déjà, en 2006 et 2010, les préconisations de ses rapports précédents étaient de même ordre ou empruntaient le même chemin. L’Anses avait ainsi demandé en 2010 l’application du principe de précaution et l’interdiction du nano-argent dans les vêtements (sauf pour certains malades à l’hôpital). En effet, le nano-argent, du fait de son relargage intense au lavage, contamine non seulement les usagers mais aussi les eaux dont l’effet biocide pourrait être redoutable pour la faune et la flore.

Et si le communiqué de presse 2014 est une accumulation de doux euphémismes, le rapport insiste donc encore et toujours sur l’urgence d’intervenir pour limiter les nanoparticules et leurs usages.

 

« Il existe actuellement suffisamment de données scientifiques pour pointer les risques de certains nanomatériaux. Dans dix ans, il sera trop tard pour se poser la question de leur encadrement »

 

Cette position ne devrait laisser d’autre choix pour le gouvernement que d’agir sous peine d’être mis en cause dès lors que des maladies liées aux nanomatériaux apparaitront. Les études épidémiologiques déjà recensées sur l’impact des particules de dimension nanométrique paraissent suffisamment alarmantes.

 

« Parmi les effets de certains nanomatériaux sur les organismes vivants figurent « des retards de croissance, des malformations ou anomalies dans le développement ou la reproduction chez des espèces modèles », ainsi que « des effets génotoxiques et de cancérogenèse », ou encore « des effets sur le système nerveux central, des phénomènes d’immunosuppression, des réactions d’hypersensibilité et d’allergie » »

 

Les décisions politiques se font donc attendre et le gouvernement actuel ne pourra pourtant pas manquer de trancher cela dans les meilleurs délais.

Car plus le temps passe et plus les industriels continuent d’assaisonner tous les produits desdites nanoparticules sans les tester ni les soumettre à autorisation. Une dérive sanitaire explosive (des milliers de produits sont concernés, des aliments aux cosmétiques, en passant par les textiles, les vêtements, les peintures, les matériaux de construction…).

anses

Des résultats toxicologiques déjà probants

Sur le plan sanitaire, les nanoparticules sont souvent d’une toxicité supérieure à leur équivalent classique (non nano), du fait de leur pouvoir de pénétration et de leur plus grande réactivité avec le milieu cellulaire (leur taille leur confère en effet la possibilité de passer les barrières membranaires cellulaires mais aussi hématoencéphaliques et placentaires). Beaucoup sont cancérigènes, neurotoxiques, mutagènes et/ou cytotoxiques.

Ce qui n’est pas pour rassurer, il n’y a pour l’heure aucune traçabilité des nano-éléments. De plus, les nanomatériaux ne sont pas concernés par le règlement REACH (entré en vigueur depuis le 1er juin 2007, Reach oblige normalement à tester les substances chimiques avant de les mettre sur le marché ; c’est-à-dire effectuer des évaluation, autorisation et restriction sur les insecticides, fongicides, pesticides, etc.).

Étant déjà avéré que les particules de diesel ont des effets cancérigènes et neurotoxiques, la perspective de l’impact des nanotechnologies sur notre écosystème ne peut laisser perplexe. Les enjeux sont d’ordre économiques et éthiques et les risques d’ordre sanitaires et environnementaux.

 

Sans passer par le stade conspirationniste, il est clair que la large diffusion des nanomatériaux sur le marché a permis de banaliser leur usage, de créer des habitudes nouvelles. De quoi rendre improbable un retour en arrière ?

S’il n’est pas remis en cause à la dernière minute, le règlement européen « INCO » de 2011 imposera à partir de décembre 2014 la mention [nano] sur la liste des ingrédients des denrées alimentaires (règlement décrypté ici).

 

En attendant, l’Anses donne à regarder d’un autre œil notre dépendance à cette nanotechnologie tant cette topographie pourrait laisser place à une crise sanitaire de grande envergure.

Lurinas

 Lecture proposée

« Nanotoxiques » de Roger Lenglet, éditions Actes Sud, (à commander sur le site Acte Sud)

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Les commentaires (2)

  1. Ola,

    La révolution industrielle liée aux nanotechnologies aurait dû s’accompagner d’une révolution politique.
    Or, depuis quelques décennies ce pouvoir politique n’est plus issu de la démocratie mais il découle d »un ensemble de compromissions, de manipulations et de corruptions .
    Dés lors la porte est grande ouverte pour tous les envahissements.
    La santé publique est gravement menacée mais ce pouvoir politique en place l’ignore ou le nie . Du moment que l’économie est en « équilibre » et que les industries continuent d’assurer l’ordre social en fournissant le travail nécessaire à sa reproduction, tout est bien. Et si les gens souffrent et meurent du morgellon ou du cancer( ou de l’alzeimer cela n’a guére d’importance du moment que la « machine  » tourne et assure la perénité du sytème.