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Le Point Rouge de la Mort (Choisie)

Publié le | par

[REDIFF] Ça y est, le débat sur la fin de vie est lancé à l’Assemblée Nationale. Les religions s’en mêlent et lancent un appel « inquiet » contre le projet de loi. Nous allons tous mourir, aurons-nous le droit de choisir le moment de notre mort? Voici une rediffusion du Point Rouge de la mort choisie, diffusé l’année dernière.

PREMIÈRE DIFFUSION : 9 JUILLET 2014

Un grand jour pour LaTéléLibre! Voici le premier Point Rouge pour France 4. Après 7 ans d’éxistence de notre émission fétiche, une chaîne de télévision a enfin pris le risque de coproduire ce happening citoyen dans la rue.

Bon, les puristes de LaTéléLibre vont râler: c’est trop court, le montage est trop cut, les gens n’ont pas le temps de s’exprimer. C’est vrai que nous avons dû nous adapter à la demande de la chaîne qui voulait une émission de 8 minutes maximum, mais nous avons décidé d’accepter cette contrainte, car nous voulons nous ouvrir à d’autres publics, et nous avons besoin de financer LaTéléLibre et ceux qui y travaillent bénévolement. Et puis, après tout, LaTéléLibre est un laboratoire, nous continuerons d’innover sur d’autres formats. Par exemple, nous allons vous proposer bientôt une nouvelle émission de musique live tournée sous les pavés…

Pour les inconditionnels du Point Rouge historique, qu’ils se rassurent, nous n’abandonnons pas les Points Rouges long format. Nous aussi nous aimons la slow tv! Bientôt un Point Rouge sur la Démocratie Participative.

Le Point Rouge de la Mort Choisie

Vincent Lambert va peut être enfin pouvoir mourir dans la dignité. Une question qui divise la famille comme elle divise la société: laisser mourir ou faire mourir ? Assassinat ou libération ?… D’ici la fin de l’année 2014, la « fin de vie » fera l’objet d’une loi en France. Même si près de 90% des français se disent favorables à la légalisation de l’euthanasie, c’est un débat plus complexe qu’une alternative entre « pour ou contre », comme en témoigne le débat auquel se livrent Daniel d’Hérouville (médecin-chef de la maison de soins palliatifs Jeanne Garnier) et Jean-Luc Roméro (président de l’Association du droit à mourir dans la dignité (ADMD)), sur le Point Rouge de John Paul Lepers au cimetière du Père Lachaise à Paris.

C’est un être effrayant tenant un humain entre ses mâchoires. C’est un génie ailé, ou deux jeunes garçons, l’un noir, l’autre blanc ; ou encore une ombre armée d’une faulx. Autant de représentations antiques d’une même réalité, qui en disent long sur le foisonnement de conceptions différentes d’un sujet qui concerne tout le monde, mais qu’on détourne souvent par euphémisme : « parti », « emporté », « au ciel »… C’est le cas du débat sur « la fin de vie » que prévoit de relancer François Hollande avant la fin 2014.

Chez les Antiques, ce sont les dieux qui détiennent le pouvoir de faire vivre ou mourir. Les humains, tenus par le fil de leur vie, coupés sans qu’ils n’y puissent rien, sont emportés par le Destin. Punition ou libération ? Là encore, les conceptions varient et continuent d’habiter les Hommes, religieux ou athées. Angoisse du néant ou certitude de la vraie vie ; arraché à la vie ou délivré des souffrances ? La mort « choisie » laisse place à autant d’antagonismes qu’il existe d’êtres humains, tous concernés par un débat éthique dont chacun peut se saisir.

Des notions qui recouvrent des réalités bien différentes…

Dans tout cela, un paquet de nuances dont les conséquences éthiques ne sont pas des moindres… Entre l’euthanasie passiveactive et active indirecte, les différences sont grandes. Entre laisser mourir et faire mourir, l’écart immense. Et les conséquences législatives aussi.

En Europe de plus en plus de pays légifèrent : les Pays Bas sont le premier pays à avoir légalisé l’euthanasie active (par administration de substances létales par voies orales) ainsi que le suicide assisté en 2001. Comme en Belgique, l’euthanasie est permise pour les mineurs, contrairement au Luxembourg qui l’autorise seulement pour les personnes majeures depuis 2009. Quant à la Suisse, elle permet l’euthanasie active indirecte (donner des substances pour réduire la souffrance, avec la mort comme effet secondaire possible), et l’euthanasie passive (interruption du dispositif médical de maintien en vie). La Suisse est aussi un des rares pays à avoir légalisé le suicide assisté (la personne prend elle-même la dose mortelle).

En France, on ne parle pas d’euthanasie active indirecte mais de soins palliatifs. Une loi leur est consacrée en 1999 : « toute personne malade dont l’état le requiert a le droit d’accéder à des soins palliatifs et à un accompagnement ». Elle précise : « les soins palliatifs sont des soins actifs et continus pratiqués par une équipe interdisciplinaire, en institution ou à domicile. Ils visent à soulager la douleur, à apaiser la souffrance psychique, à sauvegarder la dignité de la personne malade et à soutenir son entourage. » Avec le cas de Vincent Lambert en 2005, si on ne parle pas non plus d’euthanasie passive, la loi Léonetti permet tout de même de « laisser mourir », et encourage les soins palliatifs. Elle autorise l’administration par les médecins de traitements anti-douleur permettant de soulager la souffrance, avec pour « effet secondaire d’abréger la vie » d’un malade en « phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable ». Depuis, le nombre d’euthanasies passives tel que pratiquées dans la cadre de la loi Leonetti est à 3 000 par an. En décembre 2013, une conférence de citoyens s’est prononcée en faveur d’une « légalisation du suicide médicalement assisté » et pour une « exception d’euthanasie », accordée pour les situations inextricables. Ainsi le 13 février 2014 le Sénat examine une proposition de loi du groupe EELV, qui prévoit d’offrir « la possibilité » de demander une assistance à mourir, tandis que François Hollande a promis un projet de loi pour « compléter et améliorer la loi Leonetti » avant la fin 2014.

« Acte légal » aux Pays Bas et en Belgique, « assassinat » en France, « homicide volontaire » en Italie, Bosnie, Grèce et Roumanie, l’euthanasie active est loin de provoquer le consensus mais déchaine plutôt les passions…

Un débat d’éthique

« Selon vous, la loi française devrait-elle autoriser les médecins à mettre fin, sans souffrance, à la vie de ces personnes atteintes de maladies insupportables et incurables si elles le demandent ? ». A cette question, 95% des français répondent positivement. Cela signifie-t-il que 95% des français sont favorables à l’euthanasie ?

« La question est mal posée et elle casse le débat. Qui répondrait non au libre arbitre et à la fin de la souffrance ? Mais si vous posez la question autrement, la réponse sera toute autre… ». Pour Daniel d’Hérouville, médecin-chef de la maison de soins palliatifs Jeanne Garnier à Paris, « c’est une question complexe qui requiert du temps, et surtout de se dépassionner, car l’euthanasie est un mot qui recouvre beaucoup de réalités ».

Dans ce débat qui provoque des réactions souvent épidermiques, nous pouvons tout de même noter trois points sur lesquels tous s’accordent – Comité consultatif national d’éthique, Ordre des médecins, centres de soins palliatifs, associations pour le droit à mourir et associations pour le droit à la vie : limiter la douleur est important, l’acharnement thérapeutique est non souhaitable, et le meurtre médicalisé inacceptable. Un socle commun donc, mais comme point de départ de divergences profondes.

Soulager, faire mourir et laisser mourir

Pour les défenseurs de l’euthanasie, elle est le seul moyen de se protéger contre l’acharnement thérapeutique, et parfois, « la seule solution pour éviter des douleurs intolérables et délivrer de l’état végétatif », comme pour Vincent Lambert qui a relancé le débat en France en 2005. Pour Jean-Luc Roméro, président de l’Association du droit à mourir dans la dignité (ADMD), des soins palliatifs à l’acharnement, il n’y a qu’un pas.

Mais pour le docteur d’Hérouville, « ce n’est pas une question de oui ou de non, mais c’est de proposer un projet à la personne, et voir si elle adhère ou pas ». Les soins palliatifs sont un accompagnement sur le « chemin horrible [qu’est] ce chemin vers la mort ».  Avec les soins palliatifs, « nous faisons tout ce qui est possible pour soulager la douleur du malade en l’accompagnant dans ses questions psychologiques, sociales et spirituelles ». Un accompagnement vers l’acceptation de la fin : « je soulage la personne, tout en sachant qu’elle peut mourir demain ».

Et c’est ce « double effet » que reproche Jean Luc Roméro aux soins palliatifs : quelle est la frontière entre laisser mourir et faire mourir ?

Le droit de mourir ou le droit de vivre

La question de la fin de vie, met aussi en jeu la liberté de chacun. « Je suis pour que les personnes puissent décider » insiste Jean Luc Roméro. Pour lui, l’euthanasie, c’est être libre. Libre de choisir sa mort, de maitriser sa vie et sa santé et de décider de sa dignité.

Mais l’affirmation de cette liberté est d’ordre philosophique, et non pas médicale : « sur le terrain, il y a beaucoup d’aller retour, précise le Dr d’Hérouville, quand il y a demande d’euthanasie, très peu de gens la maintiennent jusqu’au bout ». Et selon lui, le risque avec l’euthanasie est d’en finir avec le soin qu’on doit aux autres. « Il faut sortir de l’idée que la seule façon de mourir dans la dignité serait de mourir en étant euthanasié : la dignité est inhérente à la nature humaine ». Le Dr Mirabel, de l’association de l’alliance du droit à la vie, insiste sur ce point : « la demande de mort est toujours un appel au secours ».

La mort devenue pathologique

Mais si ce débat est si passionné, c’est qu’il parle de notre propre rapport à la maladie et à la mort. Ce n’est en effet que depuis le milieu du XXe siècle que la mort est une affaire médicale, enfermée au sein de l’hôpital, qui en a fait une pathologie à combattre à tout prix. Nous sommes ainsi passés de « la mort naturelle à la mort annoncée, puis prévue », analyse Didier Caenepel dans son livre La sédation continue en fin de vie. Mais « la représentation pathologique de la mort va, tôt ou tard se résoudre au fur et à mesure que l’échéance létale approche », continue-t-il. Ainsi nait le désarroi face à l’impuissance : « le combat contre la mort est un affrontement sans partenaire et l’idée même de victoire ou de défaite n’est plus qu’une métaphore », nous dit Jankélévitch dans La mort. Le lieu même de l’hôpital, à la fois lieu de guérison et principal lieu de mort, raconte cette ambivalence. En effet, les centres de soins palliatifs (dont le premier a été créé en 1987) concentre aujourd’hui 58 % des 535 000français qui décèdent chaque année.

Ainsi, l’acharnement thérapeutique comme l’euthanasie sont les deux expressions du même déséquilibre : volonté de toute puissance qui exclue la mort dite « naturelle » ainsi que la souffrance comme étant inhérente au processus de toute vie humaine.

Le débat est ouvert…

Flore Viénot

 

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CHRISTOPHE CLUZEL
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SANDRINE MIGUIRIAN

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Les commentaires (6)

  1. «Par exemple, nous allons vous proposer bientôt une nouvelle émission de musique live tournée sous les pavés…»

    Curieux de voir ce que ca va donner, toujours sympa de voir du live, c’est encore tellement rare…

    Va falloir ratisser large et faire dans l’indé, l’engagé etc :)

  2. Le Point Rouge de la mort (choisie) pour commencer une nouvelle vie… Cool. Ca attirera peut-être des habitués de la télé pas libre vers LaTéléLibre.

    « C’est vrai que nous avons dû nous adapter à la demande de la chaîne qui voulait une émission de 8 minutes maximum »
    Vous avez gratté huit secondes. :)