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[Plantes Interdites #1] À la Recherche du Thym Perdu

Publié le | par

[DOSSIER 1/4] En 1941, Pétain interdit le métier d’herboriste en France. Depuis cette date, les diplômes ne sont plus délivrés, la mort du métier est alors inscrite dans les lignes du futur : au moment du décès du dernier diplômé. Comment ces connaissances et ces savoir-faire traditionnels peuvent-ils continuer à vivre ? Quels sont ses chemins de traverse ?
Au prochain épisode : direction le Brésil !

Les grands laboratoires pharmaceutiques ont peu à peu confisqué l’usage des plantes médicinales partout dans le monde. Désormais, en France et au Brésil, des politiques de santé réglementent fermement leur commercialisation. En 1941 Pétain supprimait la profession d’herboriste. Alors que les savoirs populaires étaient en train de disparaître, des amoureux des herbes se battent aujourd’hui pour redonner la liberté aux plantes interdites. Les sœurs Viénot sont parties à la rencontre de ces sorcières et sorciers bienveillants qui en France comme au Brésil ne veulent pas laisser notre santé dans les mains des laboratoires.

 

Beaucoup d’informations ont été oubliées, mais j’aime parler du réveil de la mémoire des plantes  »

Irène Amate, herbaliste

 

Irene Plantes

 

Qu’elles fassent partie de souvenirs ou d’histoires racontées, nos grands-mères ou nos arrière-grands-mères utilisaient des feuilles de chou et de la mélisse plutôt qu’un Doliprane ou de l’alchémille plutôt qu’un Spasfon pour atténuer les douleurs menstruelles des femmes de la famille. Dans la cuisine de notre mémoire, il y a comme une odeur de fleurs qui bouillent et de principes actifs en gouttes qui perlent.

L’usage des plantes médicinales fait partie de notre Histoire récente

Car il n’y a pas si longtemps, pour se soigner, l’usage des plantes médicinales était majoritaire. Une manière de se soigner qu’on observe dans l’Histoire de la pharmacie depuis 2000 ans, où les plantes représentaient 80% des traitements (le reste des substances venant du monde minéral ou animal). C’est seulement avec l’avènement de la chimie, à partir de la fin du XVIIIe siècle, que les substances de synthèse ont petit à petit remplacé les extraits de plantes. Mais, malgré l’arrivée des produits de synthèse, « aujourd’hui encore, 20% de nos médicaments sont au moins à moitié d’origine végétale », explique Jacques Fleurentin, pharmacien et ethnopharmacologue. Et, si on remonte 30 ans en arrière, c’était 50% de médicaments à base de plantes qui étaient disponible en pharmacie et qui étaient aussi pris en charge par la sécurité sociale. Le souvenir de nos grand-mères n’est donc pas un mythe.

 

Fleur 4

 

Des savoir-faire réservés aux pharmaciens

 

Mais si l’usage des plantes est toujours d’actualité, présentes dans nos médicaments sous forme d’extraits ou de molécules, ce sont les savoir-faire qui ont disparu.

Tout au long du XIXe siècle, une guerre acharnée s’est déployée en France entre les herboristes et les pharmaciens. Résultat : la création sous le régime de Vichy de l’Ordre des pharmaciens en 1941, et la fin du diplôme d’herboriste. A ce moment là, il est décrété que ceux qui ont la compétence sur les plantes sont les pharmaciens, et les herboristes diplômés peuvent continuer à exercer jusqu’à la fin de leur vie, mais interdit d’en accueillir de nouveaux sur le marché.

Cette époque est aussi marquée par l’arrivée de la pénicilline sur le marché du médicament. La transmission des savoirs de génération en génération n’est alors plus un gage de confiance. Car la preuve par l’expérimentation scientifique prend la place des conseils de grand-mère, douteux. Un changement de paradigme qui enferme les connaissances et les savoir-faire derrière les portes des laboratoires et les éloignent des individus. On voit naitre alors deux classes de pharmaciens : ceux qui passent par la faculté de pharmacie, et les autres, les herboristes diplômés encore en vie, et ceux qui ont appris de leurs aïeuls. Quand M. Rey a commencé sa carrière de pharmacien dans les années 1950 et qui était membre de l’Ordre, « il y avait encore quelques pharmaciens de seconde classe, qui continuaient à exercer parce qu’on a pas voulu les éliminer tout d’un coup », se souvient-il.

 

fleur pharmacie

 

Des savoir-faire en péril

 

Transformer, mélanger les plantes et prodiguer des conseils est alors réservé aux pharmaciens. Mais au fil des années et alors qu’arrivent les médicaments de synthèse sur le marché, le métier de pharmacien change. « On travaillait essentiellement sur des extraits de plantes, des sirops de plantes et des teintures, puis les antibiotiques sont arrivés avec la pénicilline, se souvient M. Rey. C’est sûr que les antibiotiques ont beaucoup apporté et que les médicaments étaient plus actifs, mais ça a complètement changé la profession : de préparateur de médicaments, on est devenu des distributeurs ».

Les plantes disparaissent ainsi des prérequis des pharmaciens : « au début du XXe siècle, les pharmaciens connaissaient bien les plantes et avaient la formation adéquate, explique Jacques Fleurentin, mais au fil des décennies, même si nous avons toujours en pharmacie une bonne connaissance des plantes, elle mériterait d’être pratiquée de manière plus importante ». Les plantes médicinales ne représentent aujourd’hui que 3 % du chiffre d’affaires des pharmaciens et ces derniers abandonnent ainsi l’herboristerie. Le Système de santé suit le courant : les préparations magistrales à base de plantes réalisées en pharmacie ne sont plus remboursées par la sécurité sociale depuis 2007, « ce qui a, dans un premier temps, constitué un arrêt au développement de la phytothérapie », continue l’ethnopharmacologue.

Alors que meurent les derniers herboristes diplômés, on assiste ainsi à la dégringolade des connaissances et de l’usage des plantes médicinales. Alors qu’ « au moins deux cents étudiants chaque année souhaiteraient devenir herboristes, aucune formation ne leur est proposée », déplore le député Jean Luc Fichet. Et les pharmaciens qui désirent se lancer dans l’herboristerie et la développer à 100%, sans vendre de médicaments de synthèse, n’ont pas le droit de s’inscrire à l’Ordre des pharmaciens. Ils se retrouvent donc dans l’illégalité, comme Jean-Pierre Raveneau, pharmacien de l’Herboristerie de la place Clichy à Paris, dans laquelle il vend des centaines d’espèces de plantes médicinales. Il est alors souvent poursuivi par la justice, qui saisit régulièrement ses produits, « comme si nous vendions de la drogue ! », ironise-t-il.

 

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Un casse-tête juridique

 

Depuis, c’est un casse tête lorsqu’on veut comprendre quelles plantes le droit permet de vendre, lesquelles sont transformables, et par qui. Compliqué également lorsqu’on cherche à savoir qui peut prodiguer des conseils, et qui peut affirmer qu’une plante soigne ou fait simplement du bien. Et si elles sont vendues en compléments alimentaires ou en médicaments, les règles ne sont pas les mêmes. Entre les lois européennes qui poussent à la libéralisation des plantes médicinales, la France qui s’est lancée dans le mouvement inverse depuis les années 40, et la demande qui s’accroit (le commerce des plantes médicinales augmente de 10 à 20 % chaque année en Europe), les herboristes français, qui ne portent plus leur nom, tentent de trouver un chemin.

Certaines plantes médicinales inscrites à la pharmacopée figurent sur une liste établie par décret. Elles sont ainsi exclues du monopole pharmaceutique et peuvent être vendues en dehors d’une officine. Aux termes d’un décret de 1979, cette liste comprenait 34 plantes, mais, par un décret de 2008, la ministre de la santé a porté à 148 le nombre de plantes qui peuvent être vendues en dehors du circuit officinal, c’est-à-dire disponibles en pharmacies, en herboristeries, mais également sur les marchés ou Internet et ce, sans indications thérapeutiques. Pour les quelques 340 plantes restantes, elles restent réservées aux officines.

La guerre continue, mais avec des forces devenues inégales. Une quinzaine d’herboristeries contre 23000 pharmacies, qui revendiquent leurs connaissances des plantes qui soignent. En 2010, alors qu’il était déjà question de réhabiliter le métier d’herboriste, l’Ordre des pharmaciens avait rétorqué qu’il y avait près de 23 000 herboristeries en France, soit le nombre d’officines françaises… Et les attaques juridiques se multiplient.

 

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Les chemins de traverse

 

Parallèlement, les amoureux des plantes empruntent des chemins de traverse et jouent avec la loi. C’est ainsi que Patrice de Bonneval, pharmacien herboriste, inspiré par les formations diplômantes au Royaume-Uni, en Suisse, en Italie, en Belgique et en Allemagne, fonde en 1983 l’école lyonnaise des plantes médicinales. Avec une quarantaine d’enseignants, il y forme des « herbalistes » dont le diplôme n’est pas reconnu, et qui devront faire preuve d’imagination pour pouvoir faire passer leurs connaissances acquises durant les 3 ans de leur formation.

Des savoirs traditionnels qui vivent toujours donc, transmis malgré tout à travers les facultés de pharmacie ou, de manière plus approfondie, à travers les écoles d’herbalistes. Pour Jacques Fleurentin, pas d’inquiétude sur la perte de ces connaissances, écrites. Mais plutôt des craintes sur la perte des savoir-faire pratiques. Et à terme donc, une perte des usages. Contre ce mouvement qu’il observe et qu’il appréhende, des voies possibles : « organiser aussi des cours complémentaires et de recyclage dans les facultés de pharmacie, pousser les pharmaciens à développer l’herboristerie, et réhabiliter le métier d’herboriste ».

 

Flore Viénot
Chloé Viénot

Fleur gauche

Des Liens

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