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Avec Lamia dans les Bois de Grande-Synthe

Publié le | par

[MIEUX ACCUEILLIR LES MIGRANTS] « Au début, tu vois des tâches noires, puis tu vois des visages, des noms, des humains… » Pour certains, c’était une invasion, pour Lamia, l’arrivée des exilés à Grande-Synthe a changé sa vie. Elle nous emmène avec sa fille dans le bois du Puythouck, la jungle de la ville avant leur rêve : la Grande Bretagne.

 

Après 10 ans, LaTéléLibre décide de changer de fonctionnement éditorial : désormais chaque trimestre l’équipe se concentre sur une thématique, pour chercher en profondeur, tenter, inventer, collaborer, et créer des contenus originaux et fouillés.
Cet hiver, c’est l’accueil des migrants qui nous préoccupe.
Et si ce que nous traversons n’était pas une crise des migrants, mais plutôt une crise de l’accueil ?
Et parce qu’ils sont là et qu’ils seront de plus en plus nombreux, l’équipe de LaTéléLibre a décidé de chercher des pistes pour mieux les accueillir.

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Le Pas-de-Calais, annexe des conflits mondiaux

 » Tu regardes la télé, tu vois qu’il y a un bombardement là-bas, tu sais ce qu’il va arriver ici !  » analyse Lamia, notre guide dans les bois de Grande-Synthe.

Entre 1998 et 1999, les kosovars fuient la guerre et arrivent dans le Pas-de-Calais. Ils sont 200 environ, dont une dizaine à Grande-Synthe. Ils marquent ainsi le début d’une longue histoire. Pour eux, un hangar désaffecté d’Eurotunnel est ouvert, sous la pression de l’abée Pierre et d’un groupe de calaisiens. C’est le camp de Sangatte. Malgré sa fermeture 3 ans plus tard par Nicolas Sarkozy, les exilés continuent d’arriver. Ils sont alors kurdes et afghans. Sans accès à un abri, ils s’installent dans la « jangle » (« forêt » en pachtoun). Une première « jungle » démantelée en 2009 par Eric Besson. Dans le même temps à partir de 2005, Grande-Synthe devient la deuxième « jungle » pour les exilés venus de Syrie, d’Érythrée, du Soudan, d’Irak et d’Afghanistan. C’est le camp du Basroch, situé sur une zone inondable.

Les conflits s’aggravent au Moyen Orient, les exilés affluent à Grande-Synthe. 80 personnes au printemps 2015, ce sont 3000 personnes qui vivent dans la boue pendant l’hiver 2015.

Face à l’afflux des migrants et leur conditions de vie insalubre dans sa ville, le maire Damien Carême décide de construire un camp humanitaire en mars 2016, contre l’avis de l’Etat, et avec l’aide des associations Utopia 56 et MSF. C’est le camp de la Linière.

Construire un camp sans l’aide de l’État

Sans argent de l’État, la Mairie et les associations ont dû se débrouiller. Sur un coût de 3,1 millions d’euros, 2,6 millions d’euros étaient payés avec des fonds propres de Médecins sans Frontières. De leur côté, la ville et la communauté urbaine de Dunkerque finançaient le camp à hauteur de 500.000 euros environ.

En comparaison, la construction, l’aménagement et le fonctionnement du centre d’accueil provisoire de Calais avaient coûté en 2016 environ 25 millions d’euros, dont 5 millions ont été pris en charge par Bruxelles.

Entre le bois et les camps, l’impasse

En octobre 2016, la « jungle » de Calais est évacuée, les réfugiés s’entassent alors dans le camp de la Linière à Grande-Synthe. A l’automne 2016 le camp abrite 1300 personnes. Trop pour ses capacités. Les tensions montent, les conditions se détériorent, jusqu’en avril 2017 où une rixe entre des afghans et des kurdes provoque un incendie. Le camp ferme et marque pour les exilés leur retour dans le bois.

C’est alors le découragement général : les associations qui ont investi leur argent, leur temps et l’énergie de leurs bénévoles ; la Mairie qui avait commencé à faire la preuve de l’amélioration du quotidien grâce au camp et dont l’action s’en est trouvée délégitimée ; les habitants de la ville qui préféraient savoir les migrants à l’abri, rassemblés à un endroit, et qui ont vu une partie de leurs impôts partir en fumée.

Depuis, les exilés vivent dans le bois du Puythouck, entre les coureurs, les familles qui viennent pic-niquer, les pêcheurs du dimanche et les amateurs de voile légères sur le lac. Et, comme partout en France, l’objectif est d’une part, éviter les points de fixation, et d’autre part de ne voir plus personne dormir dehors avant la fin de l’année 2017, alors régulièrement, la police vient déloger les habitants du bois et les dispatche dans les CAO partout en France. Mais à chaque fois, dès le lendemain, le bois est à nouveau habité.

Dans ce contexte, la Mairie de Calais et la Préfecture militent pour qu’il n’y ait plus d’exilés dans la région et mettent tout en œuvre pour éviter ces « points de fixation », par la coupure des fontaines à eau et la répression policière. Malgré tout, il sont là, ils sont chassés, et reviennent.

Au milieu de tout cela, la mairie de Grande Synthe bataille. Le maire, Damien Carême, qui ne supporte pas de « voir des gens dormir dehors dans [sa] ville » se retrouve sans arme pour assumer le camp qu’il voudrait reconstruire. Contre lui, l’État, la préfecture, Calais et certains habitants de Grande-Synthe.

Le camp ou la jungle ? Une alternative ici réduite à un débat entre l’urgence humanitaire et la peur de l’appel d’air.

Le camp, accordeur des désaccords dans la ville de Grande-Synthe

Au sein même de la ville de Grande-Synthe, les relations avec les exilés divergent, et les désaccords politiques florissent quant à la manière d’envisager leur présence. Mais pour les habitants, un point accorde tout le monde : le camp.

Pour Lamia, devenue militante à la construction du camp de la Linière, il faudrait envisager le camp comme « une salle d’attente » où les migrants pourraient « se reposer et reprendre des forces pour pouvoir continuer leur chemin ». Pour elle, il est impossible « d’empêcher des gens d’aller là où ils veulent aller ». Elle précise : « s’ils vont en CAO, tant mieux, mais s’ils ne veulent pas, de quel droit je les en empêcherais ? »

C’est également l’avis de Sylvie Desjonquères, directrice d’Emmaus Dunkerque, selon qui il faudrait accompagner le mouvement « en créant des petits centres d’accueil provisoires, tout le long de la route migratoire ». Ainsi, ne pas nier l’existence des réfugiés, et concentrer l’énergie des acteurs de l’accueil dans l’accompagnement plutôt que l’empêchement.

Pour la Mairie, l’existence d’un camp signifie pouvoir « scolariser les enfants », « soutenir l’action de la justice contre les passeurs », et « offrir des conditions sanitaires humaines aux réfugiés ». Selon l’équipe municipale, le cadre du camp « est nécessaire pour être ni dans l’angélisme, ni dans le rejet, ni dans l’autisme ».

Quant aux pêcheurs du bois du Puythouck, ils se sentent parfois « envahis » par la présence des exilés, « qui sont partout ». Pour eux, la propreté et la tranquillité sont en péril. Alors afin que les migrants « n’envahissent pas tout l’espace », la meilleurs solution serait de « construire à nouveau un camp », à condition que celui-ci ne parte pas en fumée…

Éviter le pire ou trier les exilés ?

Depuis le mois d’octobre, sous la pression de la ville et des associations, l’Etat a mis en place un dispositif minimal d’accueil de jour pour les exilés de Grande-Synthe : 5 WC mobiles, des cars équipés de toilettes, des distributions de café par le Secours populaire, et enfin, une tente de Protection Civile pour que les migrants puissent être à l’abri et que les associations et les agents de l’Ofii (Office français de l’immigration et de l’intégration) puissent discuter avec eux et leur recommander d’aller en CAO.

Dans le débat qui oppose le camp à la jungle, entre alors un nouvel élément : la peur nommée par les associations que ce dispositif serve, plus qu’à apporter une assistance humanitaire efficace, à trier les migrants et à les renvoyer plus facilement.

Alors à côté du débat et du dispositif minimal, les associations françaises et anglaises continuent d’essayer de gérer l’urgence maximale, avec un objectif à court terme : éviter la catastrophe sanitaire à venir.

Flore Viénot

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Les commentaires (2)

  1. Bonjour,

    Superbe votre film « Avec Lamia dans les bois de Grande Synthe ».
    Un grand merci à vous !
    Je voudrais pouvoir télécharger ce film afin de le présenter dans le cadre de cours de français que je donne bénévolement aux réfugiés dans le quartier Barbès à Paris 18ème. J’ai essayé le lien pour le téléchargement mais il ne semble pas disponible pour l’instant. Je précise que je vous ai fait un petit don (à la mesure de mes moyens), tant j’aime votre initiative.
    Merci de votre attention. A bientôt.

  2. Bonjour Michel, merci pour votre retour !
    Le lien pour télécharger le film est effectivement indisponible. Vous pouvez le projeter directement à travers le site ?
    A quel endroit exactement se situe votre association ? Ça m’intéresse !
    Flore