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Et Toi, Tu Fais Quoi Papa ?

Publié le | par

[MIEUX ACCUEILLIR LES MIGRANTS] Utopia 56, dernière venue dans le monde de l’humanitaire, assurait depuis presqu’un an le fonctionnement du centre humanitaire de migrants Porte de La Chapelle à Paris, aux côtés d’Emmaüs Solidarité. Mais Utopia claque la porte du dispositif « perverti par l’Etat » et retourne dans la rue à 100%.

 Après 10 ans, LaTéléLibre décide de changer de fonctionnement éditorial : désormais chaque trimestre l’équipe se concentre sur une thématique, pour chercher en profondeur, tenter, inventer, collaborer, et créer des contenus originaux et fouillés.
Cet hiver, c’est l’accueil des migrants qui nous préoccupe.
Et si ce que nous traversons n’était pas une crise des migrants, mais plutôt une crise de l’accueil ?
Et parce qu’ils sont là et qu’ils seront de plus en plus nombreux, l’équipe de LaTéléLibre a décidé de chercher des pistes pour mieux les accueillir.

Pour aller plus loin : c’est ici !

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« Aider les réfugiés, ce n’est ni plus ni moins qu’une question d’humanité »
Yann Manzi, fondateur d’Utopia 56.

 

Utopia 56, une aventure citoyenne

Au départ, un citoyen humaniste : Yann Manzi.

Et la question de son fils de 7 ans : « et toi tu fais quoi papa ? ».

A l’époque, les images d’Aylan, un enfant mort sur une plage de Turquie, tournent en boucle sur les télévisions. Mais comment répondre aux questionnements sans connaître la réalité du terrain ?

Le lendemain, le lorientais part à Calais avec sa femme et son fils, pour voir ce qui se passe vraiment dans « la jungle ». En arrivant là-bas, c’est le choc. La misère à l’état nu. Des milliers de gens, jeunes pour la plupart, vivant dans le dénuement le plus total.

Il se rapproche des associations citoyennes qui lui conte leur détresse. Les bénévoles – dont 80% sont anglais – se raréfient au fil du temps du temps. Ils se démènent pour fournir des repas, une douche, des sanitaires aux migrants.

Il passe par le dispensaire de médecins du monde qui ne parvient pas à endiguer le péril sanitaire qui s’annonce et dont la gale, la tuberculose, les avortements réalisés sans garantie médicale, les blessures subies par ceux qui s’accrochent aux grillages anti-intrusion, sont les premières manifestations.

Le chemin du retour se fera dans un silence lourd pour la famille Manzi. Arrivé chez lui, sa décision est déjà prise. Il veut fédérer des citoyens pour venir en aide aux migrants de la jungle de Calais. Avec un seul mot d’ordre : l’accueil digne des migrants.

« Dans mon boulot, je réussis à gérer des campings pour 35.000 personnes avec des bénévoles, je me suis dit, si on arrive à mettre autant d’énergie pour un festival, on doit réussir à se mobiliser pour des migrants qui n’ont plus rien. »

Il invite les intermittents des festivals à venir le rejoindre, « pour donner un sens à leur chômage ». Il appelle de vieux copains brettons et des bénévoles des Vielles Charrues. Il fait des conférences dans les facs pour que les jeunes offrent un peu de temps de leurs vacances.

Sa motivation, le presque quinquagénaire la puise dans ses galères de jeunesse – qui l’ont parfois conduit à dormir à la rue. Et dans la difficile immigration de son père originaire d’Italie et débarqué d’Algérie en France, il y a 50 ans.

En janvier 2016, il fonde Utopia, le «lieu de nulle part» estampillé 56, pour ceux qui connaissent leur nomenclature des départements : Morbihan. Partis à 3, ils sont désormais 7000.

De Calais à Grande Synthe

A la jungle de Calais, ils commencent par le ramassage des ordures ; puisque aucun pouvoir public ne s’en préoccupait. Puis petit à petit, avec un nombre de bénévoles tous les jours plus important, les tâches se diversifient.

Utopia ne fait rien de mieux que les autres mais se bat pour le respect des réfugiés, leurs choix, leurs rêves d’avenir, leur liberté de circulation et la lutte contre l’indignité.

Et prend sa part d’urgence : des milliers de repas à préparer et distribuer mais aussi encourager les migrants à faire la cuisine, laverie, veille incendie, centre d’accueil pour les enfants, pour les femmes, vêtements à collecter, trier et distribuer, transport des malades dans les cliniques ou les hôpitaux, permanence téléphonique pour personnes en danger, actions en justice contre les destructions illégales, etc. Avec d’autres associations, ils assignent l’Etat au tribunal administratif pour faire augmenter le nombre de points d’eau, obtenir de l’éclairage et un service de nettoyage et d’enlèvement d’ordures.

Aux côtés de Médecin Sans Frontières, l’association gère ensuite le premier camp humanitaire de France aux normes HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés), à Grande Synthe. Le maire de la commune Damien Carème, qui a ouvert le camp contre l’avis de l’Etat, travaille en étroite collaboration avec les associations.

« Une aventure incroyable, puisque sur la seule volonté des citoyens, sans aide de l’État, on a réussi à faire vivre un camp de 1.500 personnes et à sortir les migrants de la boue », Yann Manzi

Utopia a encadré près de 10.000 journées de bénévolat pour organiser la vie dans le camp (Accueil 24 H sur 24 des réfugiés, cuisines collectives au bois, laverie 24 H sur 24, navette, magasins de distribution de couvertures, vêtements, kit hygiène, aide au cabinet dentaire, centre éducatif pour enfants, cours de français et anglais pour adultes, etc. ).

Mais la situation se grippe lorsque l’Etat décide de reprendre la main sur le camp. Annonce d’un objectif de fermeture du camp, imposition des critères d’accueil (accueil uniquement des familles avec enfants), destruction des cabanes… Utopia se retrouve impuissant face à cette « destruction de l’intérieur » et décide de quitter le camp le 30 août.

La mobilisation citoyenne opère également en région où Utopia aide les associations mobilisées dans l’accueil auprès des CAO ( Centres d’accueil et d’Orientation), et soutient les initiatives citoyennes. Un réseau d’hébergement citoyen s’organise aussi pour accueillir les personnes exclues du dispositif d’accueil de l’Etat.

Un centre de premier accueil dans la Capitale

Début 2016, s’esquisse le projet de centre humanitaire à Paris. « Un devoir d’humanisme », selon Anne Hidalgo.

La maire de Paris, alors en plein tour d’Europe des dispositifs d’accueil, constate la mobilisation citoyenne à Grande-Synthe. La maire de Paris rencontre alors Utopia et demande à Yann Manzi s’il serait possible d’organiser une telle mobilisation autour du projet de centre humanitaire à Paris. Le fondateur d’Utopia 56 accepte, mais pose ses conditions : « le projet doit respecter le droits des migrants ».

 

« La mairie de Paris n’avait pas besoin de nous dans ce dispositif mais avait compris que ce n’est pas un élu tout seul qui arrive à gérer ce problème, ni l’Etat ; mais des gens qui se mettent ensemble », Yann Manzi.

 


Le centre humanitaire de la Chapelle – Paris

Le centre humanitaire de Porte de La Chapelle ouvre ses portes le 10 novembre 2016 , dans une ancienne friche de la SNCF. Il vise à mettre provisoirement à l’abri les « primo-arrivants » – les migrants qui viennent de poser pied en France – avant de les rediriger vers d’autres structures d’hébergement.

A l’issue de la durée dbergement de 5 à 10 jours, les personnes seront orientées vers des :

  • CHU migrants (Centre d’bergement d’Urgence)
  • CADA (Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile) pour ceux qui ont déjà déposé une demande d’asile,
  • CAO (Centre d’Accueil et d’Orientation) pour ceux qui souhaitent effectuer une première demande,
  • Centres de retour volontaire pour les personnes « dublinées » [renvoyées vers le premier pays traversé au sein de l’Union européenne] et assignation à sidence ou centre de rétention pour ceux qui seront expulsés.

Emmaüs solidarité est mandatée par l’Etat pour gérer le fonctionnement du Centre, avec l’appui d’Utopia qui occupe un bâtiment adjacent à la Halle où dorment les migrants.

Un dispositif vite saturé

Quelques mois à peine après son ouverture, au grand dam d’Anne Hidalgo, le dispositif d’accueil était déjà saturé.

Comme en aval, les centres d’hébergements pour migrants sont eux-mêmes saturés, la liste d’attente pour entrer dans le Centre s’allonge de jour en jour. Parfois jusqu’à plus d’un mois, pendant lesquels les migrants doivent survivre dans la rue par leurs propres moyens.

Sans compter le temps d’examen de la situation administrative des migrants encore beaucoup trop long (14 mois pour une demande d’asile en moyenne). Malgré cela, le flux de migrants ne tarit pas : entre 70 et 80 arrivent tous les jours.

Pour palier à la saturation du Centre, Emmaüs étudie avec la Ville de Paris la possibilité de passer de 400 à 600 places. Mais cette augmentation de la capacité d’accueil n’a toujours pas été actée.

Et évacuations après évacuations (la 35ème en deux ans rien qu’autour de porte de la Chapelle), toujours pas de vraie solution.

Un rapport de la commission des lois du Sénat en date du 23 novembre reconnaît même que « l’hébergement des demandeurs d’asile a un retard difficile à rattraper », estimant qu’il n’y a de place que pour 61% des demandeurs d’asile.

La tache d’Utopia : « gérer l’urgence humanitaire »

Devant l’ampleur de la tâche, Yann Manzi ne baisse jamais les bras. Quand il n’est pas à Calais pour soutenir son fils Gaël, ou sur les routes de France pour améliorer le réseau d’hébergement citoyen ; Yann motive ses troupes, passe cinquante coups de fil à l’heure, fait les cent pas devant l’entrée du Centre…

Des cernes sous les yeux, une clope toujours au bec, Yann se débat avec ses équipes pour venir en aide aux exilés ; ou au moins aux plus vulnérables car « on ne peut pas s’occuper de tout le monde ». Il veille à ce que les salariés et bénévoles d’Utopia ne craquent pas, les encouragent d’une tape dans le dos ou d’un mot de reconnaissance. Ou bien un simple « rentre chez toi » quand un des coordinateurs dort là depuis deux jours, pour palier au manque de bénévoles.

L’organisateur de festival gère ses équipes à sa manière, « à l’arrache, mais avec beaucoup d’humanité ». Chaque personne se voit confier une mission. Les membres d’Utopia assurent à l’intérieur du Centre la distribution de vêtements pour les migrants qui ont eu la chance d’obtenir une place dans la Halle. Ces derniers ont droit à deux tenues à leur arrivée, que les membres d’Emmaüs se chargent de laver.

Mais le travail d’Utopia se concentre à 90% dans la rue, pour venir en aide aux 400 migrants aux alentours du Centre qui sont sur liste d’attente. Comment manger, se laver, où dormir ou voir un médecin ? Des questions de survie auxquelles les membres d’Utopia répondent chaque jour. Ils apportent parfois juste un peu de chaleur humaine à ces personnes qui vivent dans un total dénuement.

Un relai de bénévoles se déploie chaque jour aux abords du centre. La plupart n’ont pas 30 ans, des étudiants, des demandeurs d’emploi ou tout simplement des personnes qui cherchent à apporter un peu d’aide et d’humanité. Leur point commun : leur énergie et leur détermination. Même lorsque les policiers les empêchent d’assurer les distribution de repas ou chassent les migrants qu’ils viennent d’installer à quelques kilomètres de là, en les privant des tentes fournies par Utopia.

Distributions de petits-déjeuners et repas, couvertures, vêtements, d’eau, aide à l’organisation des distributions de nourriture, pacification des files d’attente. Accueil et orientation des mineurs étrangers isolés – notamment ceux dont la minorité est refusée – aide aux plus vulnérables, aux familles, accompagnements dans les hôpitaux, ou à l’aide juridique. Maraudes de jour avec nettoyage des lieux de vie des réfugiés, identification des besoins en vêtements, couvertures ou soins… Les bénévoles assurent aussi l’organisation des points de collecte de vêtements dans une trentaine de points sur Paris, et leur tri dans un local prêté par Emmaüs dans le 18ème.

 

La nuit tombée, la tâche se complique, et le nombre de bénévoles se réduit comme peau de chagrin. L’équipe nuit a pour principale mission d’accompagner les migrants qui n’ont pas trouvé de place dans les dispositifs de l’Etat en hébergement citoyen (au total, une cinquantaine de personnes dans et autour de Paris ). Créé en mai pour pallier l’insuffisance des structures d’hébergement, ce dispositif fait appel à des particuliers prêts à offrir un lit, une chambre ou un appartement aux exilés.

Mais depuis quelque temps, Utopia ne se sent plus très à l’aise dans le centre. Ils sont en effet associés à l’action de l’Etat, dont ils dénoncent le fait de ne proposer qu’une « vitrine d’accueil », ainsi qu’une violation répétée des droits des migrants.

Un centre d’accueil peu accueillant

Gardé comme une forteresse. Infranchissable comme un bunker. Avec trois fourgonnettes de police devant 24 heures sur 24. Des vigiles dedans et dehors. Et à l’intérieur, 400 migrants. Exclusivement des hommes. Origine : Afghanistan, Soudan, Erythrée. Moyenne d’âge : 30 ans. Le visage fermé.

A l’extérieur, d’autres exilés, qui attendent leur tour pour rentrer dans le centre. Ils ignorent que la plupart des entrées se font désormais via des maraudes, afin de prévenir les tensions qui surgissaient dans la file d’attente interminable et finissaient souvent par des jets de bombes lacrymo.

Des centaines de personnes patientaient pour une cinquantaine de places disponibles. Désormais, les migrants patientent plus loin, toujours exhortés par la police de « ne pas se fixer ».

« Ingérence négative de lEtat », « migrants piégés », « traque des réfugiés organisée depuis peu par la police aux abords des bâtiments »… « Nous espérions que ce centre soit un modèle, mais nous constatons que le traitement administratif des arrivants n’a rien d’humanitaire » constate Yann Manzi.

C’est le résultat de la fameuse promesse d’Emmanuel Macron : « plus de migrants à la rue d’ici la fin de l’année », qui se traduit par la politique de « non fixation » annoncée par son premier ministre. Concrètement, le gouvernement mise sur la répression. Les forces de l’ordre obligent les migrants à se cacher et à se déplacer sans cesse. Ils sont réveillés trois à quatre fois par nuit, privés de leur tente, roués de coups de pieds et sommés de quitter leur campement de fortune.

En conséquence, les migrants sont éparpillés dans une quarantaine de campements sauvages, à l’abri des regards. Dans ces conditions, il devient de plus en plus difficile pour les associations de venir en aide aux migrants.

Un centre de tri pour migrants

Anne Hidalgo leur avait promis un « accueil inconditionnel des migrants ». Mais Utopia dénonce un « piège administratif  se refermant sur les migrants, qui au lieu d’être accueillis, sont triés dès leur arrivée pour être expulsés ».

Depuis quelques mois, les migrants qui sont entrés dans le centre de Porte de La Chapelle ont en effet dû se soumettre à une procédure pour le moins inhabituelle. Dans un délai de 5 jours maximum, ils doivent se rendre au CESA (Centre d’Etude de Situation Administrative), créé spécifiquement pour le centre humanitaire.

Au moment de ce premier entretien individuel dans les locaux de la préfecture de police à Jaurès, le CESA va procéder à une prise d’empreintes – vérifiées dans le fichier Eurodac – pour détecter si le migrant est passé par un autre pays européen, a déjà déposé une demande d’asile ou obtenu un visa. Dans ces cas, pour les « personnes dublinés » c’est-à-dire concernées par la procédure Dublin ; la préfecture refuse d’enregistrer la demande d’asile et enclenche la procédure de réadmission.

(Procédure par laquelle l’Etat français demande au pays dans lequel le migrant est arrivé en premier de « réadmettre » le migrant sur son territoire car cet Etat est responsable de l’examen de la demande d’asile. Un recours dans un délai de 15 jours devant le tribunal administratif compétent est possible, à condition d’en être informé…)

Le migrant retourne au Centre de La Chapelle 5 à 10 jours, le temps d’être orienté vers une autre structure d’hébergement. Il attend son rendez-vous au GUDA (Guichet Unique du Demandeur d’Asile) où la procédure de demande d’asile s’enclenche normalement. Mais la Préfecture ayant déjà enclenché la réadmission, il peut arriver que la personne soit expulsée avant même ce rendez-vous !

Ce système a pour but de prier les personnes de leur droits (allocation, CMU, etc.), voire parfois de prolonger artificiellement les délais Dublin. Cette procédure CESA est donc totalement dérogatoire au principe du droit d’asile ; les personnes étant expulsées sans que soit examinée leur potentielle qualité de réfugié.

« Au lieu de favoriser les réfugiés, ce passage obligé par le CESA piège administrativement de nombreux réfugiés et les prive de leur droit à l’asile. Ils auraient mieux fait de rester à la rue et d’aller à la permanence d’une association citoyenne de juristes. Souvent, ils ont cru avoir déposé leur demande d’asile, ce qu’ils n’ont pas fait. Ils se retrouvent ensuite dans des procédures d’expulsion », Yann Manzi

Au début, le CESA n’est pas tout de suite apparu comme un problème, car les accords de Dublin s’appliquaient peu. En 2016, seulement 10% des dublinés ont effectivement été transférés. Mais cette année, la machine à expulser les exilés repart « en marche » forcée.

Selon le ministère de l’intérieur, les transferts de dublinés explosent ( en hausse de 124% cette année ). Sachant qu’ils représentent 40% des demandeurs d’asile en France, et 70% à Paris.

Des associations se sont mobilisées contre l’application de cette procédure, des recours ont été déposés, mais à ce jour les jugements sont encore attendus. La Cimade parle à ce sujet de « maltraitance administrative » et dénonce que le centre fonctionne de fait comme un centre de tri, auxiliaire ou otage de l’administration préfectorale (sic).

Utopia s’en va !

Si Emmanuel Macron dit « adieu à l’immigration » ; Utopia elle, dit adieu au centre humanitaire de Porte de La Chapelle.

Ce geste, à forte charge symbolique, veut dénoncer l’incapacité de l’Etat à se saisir des initiatives de maires favorables à un accueil digne, pour en détourner l’objet et en faire des outils d’une politique qu’ils estiment être d’exclusion. Ils retournent à 100% dans la rue où se concentrait déjà la majorité de leurs activités, pour ne plus être assimilés au dispositif de l’Etat, et à sa politique migratoire de plus en plus liberticide.

Les chantiers lancés par Yann Manzi et ses équipes se poursuivent. Mettre « les ados au chaud » pour l’hiver, continuer les maraudes afin de déterminer les besoins en couvertures, vêtements … et surtout, surtout, informer les citoyens de la réalité du quotidien des migrants en France.

Les utopistes veulent amorcer un changement radical de la politique migratoire française et européenne. On novembre, aux côtés de 470 associations, ils participent aux « Etats généraux sur l’immigration » pour mettre sur pied une véritable concertation de la société civile autour de la question de l’accueil des migrants.

Leur but : construire là où les politiques migratoires détruisent. Construire un contre-pouvoir au sein de la société civile pour dénoncer le traitement réservé aux migrants et se mobiliser contre le prochain projet de loi sur l’immigration dont la seule réponse apportée à la détresse des exilés est la force et la répression. Construire encore des propositions pour soumettre une alternative à la politique migratoire actuelle, et sortir de l’impasse et du coût humain du Règlement de Dublin III. Construire enfin un mouvement d’opinion pour s’opposer à une vision erronée, culpabilisante et souvent xénophobe des migrations et des migrants.

S’ils continuent leur combat, c’est aussi parce que notre gestion du phénomène migratoire questionne selon eux notre humanité. Ne rien faire devant cette misère, c’est ne plus être humain. Alors toujours à contre-courant des discours dominants, ils exigent en urgence le respect des droits fondamentaux et l’inconditionnalité d’un accueil digne des personnes migrantes. Car, dans un pays riche comme la France, l’accueil des migrants ne peut rester une utopie !

Article et réalisation : Charlotte Espel
Images : Flore Viénot et Camile Saiseau
Montage : Didier Mariani

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Les commentaires (1)

  1. bravo à Charlotte Espel pour cet article qui décrit très clairement une situation malheureusement désespérée