La Leçon de Danse, un joyeux moment de tendre grâce

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Il te reste jusqu’au 31 décembre inclus, mon ami, pour aller au Théâtre de l’oeuvre voir Eric Métayer et Andréa Bescond (pardon pour l’ordre mais Andréa Bescond et Eric Métayer, c’est vraiment moche, même en notre époque de débat acharné sur l’écriture inclusive) interpréter La leçon de danse, adapté de l’oeuvre originale de Mark Saint Germain Dancing Lessons.

Elle s’appelle Senga, il s’appelle Ademar, ils sont voisins de palier. Elle est danseuse, clouée dans son canapé par un genou plié et ne sait pas si elle pourra danser à nouveau. Elle picole ferme, s’ennuie car elle est terrorisée à cette idée. Il faut dire que les incessants messages de sa tante sur son répondeur auraient de quoi rendre neurasthénique le moindre candidat de télé réalité venant de faire pour la première fois la couverture de Closer. Il est professeur spécialisé dans l’extinction des espèces, autiste Asperger et dispose de quelques jours pour apprendre quelques pas avant une soirée en son honneur au cours de laquelle il devra danser. Ah oui, dernier mais crucial détail, il ne supporte pas le moindre contact physique. On voit là nettement se dessiner une trame ultra classique autour de deux êtres que tout sépare et pourtant à la fin, il se pourrait que…

En fait, on pourrait presque s’en foutre de l’histoire, et je pourrais la spoiler ici même sans enlever 1 seconde d’intensité à ces 80 et quelques minutes de bonheur. La complicité entre les 2, à la ville et à l’écran selon l’expression consacrée est ici tellement évidente, la finesse de l’évolution de leur relation (et puis merde, bien sûr qu’ils vont arriver à danser ensemble avant la fin…) à chaque scène est tellement graduée, tant en intensité qu’en finesse que c’est un travail d’orfèvres. Et à chaque fois (et dieu sait qu’il y en a) qu’Eric Métayer arrive aux limites de la caricature type Rain Man, il s’arrête juste un peu avant, juste avant d’en faire trop. Cet équilibre est prodigieux, jusque dans l’agitation frénétique des doigts de sa main gauche à chaque fois qu’Andréa fait un pas vers lui.

On sort joyeux et enthousiaste de cet éloge de la différence, aussi drôle que touchant, en songeant (tel Ademar signalant à Senga que toute blague doit être annoncée à l’avance pour qu’il ne la prenne pas au premier degré) que le monde serait plus supportable sans nos préjugés si confortables.

Christophe Tisseyre

Le lien pour y aller

La Leçon de danse : du 14 septembre au 31 décembre 2017

 

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