Toujours pas Marre ? Va Voir Basta Capital

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BREAKING NEWS : un groupe d’activistes a pris en otage les patrons du CAC 40 ! Leur mot d’ordre : « Basta Capital »

Cransac, sa forêt de la Vaysse, ses thermes… Et son petit groupe d’activistes, façon Tarnac. Leur idée ultime pour mettre fin au monde capitaliste qui engendre tant d’inégalités et cause tant de ravages ? Prendre en otage les patrons du CAC 40 pour forcer Macron à appliquer une politique à l’opposé du néolibéralisme qu’ils condamnent. Rassurez-vous, tout cela n’est qu’une fiction d’anticipation. Conviée à sa projection, LaTéléLibre vous livre quelques arguments pour vous convaincre de franchir le Rubicon : à savoir, visionner le film dès le 4 novembre. Dans un premier temps…

Assez d’arguments

Basta Capital est une fiction d’anticipation. Mais n’en reste pas moins un film réellement militant et engagé. Il interroge chacun en son for intérieur concernant son aspiration révolutionnaire, le recours à la violence en temps insurrectionnel et ses limites, les moyens argumentatifs à disposition pour faire émerger la multitude.

Fort de constats en nombre qui ne souffrent plus aucune discussion, tels l’inégale répartition des richesses, l’esclavagisme moderne pratiqué par chaque occidental (qui pour avoir le dernier modèle vestimentaire, qui pour obtenir le dernier gadget technologique…), le subventionnement d’entreprises florissantes, l’imposition dégressive pratiquée en France, l’impact écologique de nos modes de production et consommation, l’optimisation et l’évation fiscale organisées, le système financier néfaste à la vie économique réelle…, les activistes rassemblés en un recoin rural tiennent pour bilan amer que rien ne semble pouvoir faire basculer ce monde occidental. Et de se demander quelle force peut encore prétendre faire éclore une transformation sociétale quand autant d’exemples probants ne parviennent à faire abdiquer le capitalisme.

Pour ces séditieux en puissance, le changement de logiciel est indispensable. Et il n’est plus temps de persuader les foules qu’une société durable est possible (la plasticité cérébrale a ses propres réticences), les médias dominants dominés inhibant toutes tentatives d’émancipation et de prise en compte par le prolétariat de ses propres conditions d’existence. Fini le temps suspendu ouvrant droit utopique à la réflexion fructueuse tel que la prône « L’an 01 » de Gébé. Quant aux manifestations, comme le rappelle David Dufresne dans « Un pays qui se tient sage« , elles sont systématiquement réprimées ces derniers mois par une violence d’Etat. Le groupe décide alors d’une action coup de poing, d’un passage en force comme ultime solution : saisir les fils de la marionnette placée à la tête de l’exécutif et les actionner par eux-mêmes. Dans cette optique, kidnapper les marionnettistes, soit les grands patrons français afin d’obliger Macron à imposer des changements radicaux.

Il ne fait aucun doute que la prise d’otages est un succès. Tout l’intérêt du film réside dans les interactions qui vont découler de cette promiscuité entre les camps en présence.

Mais nous pouvons souligner le moment parodique le plus fort sans doute à notre sens, comme une étrangeté ovniesque. Il faut d’abord situer que le tournage se déroulait entre mars et mai 2018, que le scénario imposait une intervention présidentielle totalement fictive (qui sera datée à avril 2020 dans le film) lors de laquelle le personnage Macron déroulait sur instruction une liste de dispositions que le gouvernement contraint devaient appliquer : état d’urgence social, abandon du capitalisme, arsenal juridique pour contrer les résistances de ce dernier, renégociations voire sortie des traités internationaux, intégration dans la constitution de la règle verte,  régularisation de tous les sans-papiers, retrait des troupes françaises des territoires où la France a engagé des conflits pour ses intérêts économiques, annulation totale et sans condition des dettes du tiers-monde, renationalisation intégrale d’EDF, la Poste, la SNCF, Orange, Air France et de toutes les entreprises privatisées depuis 1990, interdiction des licenciements boursiers, mise en place des taxes sur les spéculations boursières, d’un plafonnement des salaires…

En France, in real life, à cette même période, et puisque « plus rien ne sera[it] comme avant », qu’il fallait « tirer demain les leçons du moment que nous traversons », il s’en ait fallu d’une pique que Macron (le vrai, pas le personnage fictif !) énumère une liste de mesures en ce sens… Le monde devait soi-disant changer…

Etonnant, non ? Comme dirait l’autre.

La suite du film vous donnera à vérifier si l’efficacité des réformes politiques durant cette année de transition sera prégnante et aura fait œuvre de prosélytisme, cependant que les patrons découvriront bon gré mal gré les affres du travail ouvrier.

Pierrot, le doux dingue

A 35 ans, Pierre Zellner signe ici son premier long métrage. Et peut-être le dernier compte tenu de son scénario sans concession et du procès qui pourrait s’adjoindre pour avoir singé de leurs vrais noms certains patrons du CAC 40 (c’est pourtant pas comme si le film avait appelé à la décapitation !?).

S’il fallait ne faire qu’un film, autant que ce soit celui-là

Procès qui lui apparaitrait d’ailleurs comme bienvenu pour aider à la publicité dudit film, le financement minimaliste ne prévoyant pas un budget de communication conséquent. Aussi, cette aventure n’a pu se concrétiser et aboutir que grâce à l’engagement bénévole de tous les acteurs et de toute l’équipe technique. Un film engagé ne saurait se finaliser sans la participation pleine et entière de personnes déjà habitées par une forme de désobéissance, une révolte intérieure, une indignation.

Ce film est né d’une colère, d’un sentiment d’impuissance face au néolibéralisme. J’ai été militant au PC, au NPA, à la France Insoumise. Si bien que j’assume la radicalité de ce film. J’utilise la perversité de la Vè république contre elle-même. […] Il y a certainement une multitude d’autres solutions, et je ne les juge pas. Si celle-ci est la plus tabou, elle ne vise qu’à s’attaquer en fait au système et non pas aux personnes. Ce n’est pas un film de vengeance. Je pense que plusieurs méthodes révolutionnaires sont compatibles. En tout cas celle-ci était belle et ce que je sais, c’est que quand on se marre, on va plus loin. […] Je n’oppose pas ici des opinions mais vise à un travail sur soi de ceux qui sont déjà d’accord, concernant la prise de risque et la radicalité. Comment faire ? Comment y arriver ? Ces questions sont toujours les mêmes parmi les militants de gauche. […] Il y a dans le scénario un contexte propice au processus révolutionnaire. J’ai souhaité que les solutions préconisées soient réalistes et elles sont une synthèse de travaux d’intellectuels, qui m’ont servi de références. Comme ceux de Bernard Friot, de Frédéric Lordon… Il fallait aussi que les étapes à franchir pour viser une société durable et humaniste s’inscrivent dans la durée, sur une année dans le film, comme une année de désaccoutumance. Car le capitalisme est une arme aboutie, il faut du temps pour le renverser. […] Je suis persuadé qu’il y a urgence à construire une société humaniste et anti-capitaliste, nécessité d’une globalisation des luttes écologistes et sociales.

La bande-annonce (sortie nationale le 4 novembre)

Dernière sommation avant projection

La crise sanitaire monopolise l’attention ces derniers mois, comme un sujet unique. Pourtant, les critiques politique, économique, sociétale… de notre monde ne devraient jamais cesser d’alimenter le débat dans la Cité. Basta Capital tombe à pic. Atypique et exceptionnelle à plus d’un titre, cette fable dystopique donne à toucher à l’idée de révolution et de ses problématiques inhérentes. Elle vise à enrichir la réflexion des convaincus voire susciter des questionnements chez les autres. Ce film est une réjouissance en ce qu’il donne à se projeter dans un rêve révolutionnaire que nous dissimulons chaque jour un peu moins, par son caractère jusqu’au-boutiste qui définit le militantisme débordant, car il est empreint paradoxalement d’un pacifisme et d’un humanisme qui perdurent malgré les vexations quotidiennes infusées en chacun par le capitalisme.

Lurinas

Liens

Destiny, le distributeur

La chaîne Youtube de Pierre Zellner et une partie de ses courts-métrages.

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