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Le PS lui a acheté un billet en classe économique, mais, à Roissy, le chef d’escale de la Varig, une compagnie brésilienne, l’a gentiment surclassée en business ; Ségolène est déjà une vedette. Deux jours plus tôt, un sondage du Figaro Magazine l’a placée pour la première fois en tête de toutes les personnalités politiques, de droite comme de gauche, avec 49 % d'opinions favorables. Elle devance de Villepin, Kouchner et Sarkozy, qui, lui, enregistre une baisse de neuf points. En ce début d’année, le vent semble tourner. La petite délégation française fait une escale à l’aéroport de São Paolo, au Brésil. La dizaine de journalistes qui l’accompagne est admise dans le salon VIP mis à disposition par la compagnie. Nous avons deux heures avant le départ pour Santiago du Chili. Patrick Menucci se précipite vers un ordinateur connecté à Internet : un autre sondage du Journal du dimanche, qui paraît le lendemain, est annoncé. Le vice-président de la région PACA a été désigné un peu par hasard par le Parti socialiste pour gérer le déplacement. Jusque-là, il n’était pas particulièrement proche de la présidente de la Région Poitou-Charentes, mais ce soir-là il choisit son cheval pour la présidentielle, ce sera Ségolène. Il vient de trouver la page sur Internet. – Écoutez ça : « Plus de la moitié des Français, 53 %, estiment que Ségolène Royal a la stature d’un président de la République, selon un sondage IFOP. » Elle dépasse tous les autres, 39 % pour DSK, 36 pour Lang et 31 pour Fafa. Hollande, 21 %... Menucci n’en revient pas. Mme Royal n’a pas entendu, elle est concentrée sur son téléphone, un peu à l’écart. Elle tient sa main devant la bouche, je la filme de loin. Un peu plus tard, j’apprendrai qu’elle est en communication avec son compagnon François Hollande. Il lui annonce un autre sondage très favorable, qui sera publié le lendemain dans Le Parisien Dimanche et qui la place encore largement en tête des candidats socialistes. L’image est étonnante : la favorite des sondages, qui voit ses rêves de conquête du pouvoir décoller, assise près d’un superbe piano à queue et, derrière elle, une immense photo d’un avion qui justement décolle, le ciel orangé constellé d’étoiles lumineuses. La Royal en route vers le zénith ? Un photographe de Paris-Match vient d’arriver à mes côtés. Il tente la photo, mais, s’apercevant qu’elle est observée, Ségolène se lève et part s’isoler dans un salon particulier. En quelques minutes, ce voyage a pris une tournure particulière. Trois sondages, coup sur coup, qui peuvent changer la donne. Très vite, les journalistes sollicitent une réaction, ils peuvent envoyer leur son ou une dépêche à leur rédaction. Mais Ségolène Royal, comme si elle avait déjà préparé de longue date le moment où sa chance viendrait, ne voudra rien déclarer sur le sujet. – Pas question pour moi de commenter la politique française à l’étranger ! On croirait entendre Chirac en déplacement officiel. Ça y est, elle se prend déjà pour la présidente de la République. Ça promet ! Lors de la deuxième étape du vol de São Paolo vers le Chili, il n’y aura pas de classe affaires. Au-dessus de la cordillère des Andes, Mme Royal acceptera de parler, mais en off, à des consœurs journalistes. Elle évoquera son avenir et ses craintes : que les « éléphants » du PS ne se liguent contre elle autour de Lionel Jospin, qui à l’époque n’avait pas encore déclaré sa volonté de revenir en politique. Arrivée à l’hôtel, elle menacera sèchement celles qui avaient eu le privilège de ses confidences : – Attention ! Il n’est pas question de raconter ce que je vous ai dit, sinon je ne vous donnerai rien d’autre. Ce serait mauvais dans le contexte… Le « contexte », c’est qu’elle va devenir de plus en plus importante, et les rédacteurs en chef vont demander du Ségo alors qu’elle sera moins facile à approcher pour les reporters. C’est elle qui choisira dorénavant, il ne faut donc pas se fâcher avec elle. Au bout de trois jours de voyage, alors que les autres journalistes seront en train d’envoyer leurs papiers à Paris, elle m’accordera enfin quelques minutes. Autour de nous l’ambiance est festive. La caravane de campagne de Bachelet fraye son chemin dans la foule de ce quartier populaire d’une ville de pêcheurs au sud de la capitale, Santiago. Ségolène est particulièrement attentive aux techniques locales de campagne. « La Michelle », comme on dit ici, est debout, juchée à la proue d’un gros pick-up, entourée de solides gardes du corps. Pendant toute la journée, elle a ainsi parcouru plusieurs agglomérations de la zone portuaire, traversant les banlieues pour saluer les habitants regroupés aux fenêtres et le long des routes, s’arrêtant dans les centres-villes pour prononcer un discours, en utilisant son véhicule comme une tribune mobile. Pratique, efficace et pas cher. – C’est bien, cette caravane, ça me donne des idées ! Je sens que j’ai une ouverture, je sors ma caméra, mais attention, la consigne est toujours de ne pas parler de politique française, sinon elle se fâche. Je ruse en tentant la comparaison entre les deux femmes. – Madame Royal, c’est quoi votre principal point commun avec Michelle Bachelet ? – C’est la sérénité. Elle disait que, si elle était la mieux placée, elle irait et, sinon, qu’elle n’irait pas. C’est pas mal ! – Comme pour vous, ce sont les sondages qui l’ont amenée à être candidate. – Oui, c’est vrai. – Et puis, vous êtes toutes deux filles de militaire. – Oui, nous sommes héritières d’une forme d’éducation. – Elle ne voulait pas faire de politique. Qu’est-ce qui l’a poussée, à votre avis ? – Elle était la plus populaire. Et puis, elle a peut-être réagi à la mondialisation de la bêtise machiste. Ceux qui résistent, qui disent : « Elle n’a pas la carrure, elle n’est pas capable. » C’est même arrivé à des hommes. Quand je pense à Alain Duhamel, avec ses critiques, je note qu’il avait exactement les mêmes à l’égard de François Mitterrand en 1981 quand il soutenait Giscard. – Sur le fait qu’il n’y connaissait rien en économie ? – Voilà ! – Mais c’est vrai, vous n’y connaissez rien, vous non plus… – C’est faux ! Ce que j’entends sur moi, c’est exactement ce qu’il disait sur François Mitterrand : « Il n’y connaît rien en économie, il n’est pas digne de représenter la France à l’étranger. » Mais, en même temps, c’est bon signe ! Et hop ! c’est Mme Royal qui a évoqué toute seule les questions françaises ! Faut dire qu’elle avait une dent contre Alain Duhamel, qui venait tout juste de publier Les Prétendants 2007, dans lequel il avait « volontairement », dira-t-il, oublié la personne de Ségolène Royal. Je ne fanfaronnerai pas : dans ce petit livre, Thomas et moi ne sommes pas à l’abri d’un oubli ni d’une grosse bourde ! Mais, dans ce cas, nous ne dirons pas qu’on l’a fait exprès… Ce voyage est clairement le point de départ de la campagne victorieuse de « la Zapatera », surnom qui lui fut donné juste après l’élection de José Luis Zapatero, le Premier ministre espagnol, pour l’investiture du Parti socialiste, et au-delà pour la présidentielle. En même temps qu’elle entame la construction de son image internationale, elle pratique sa technique habituelle qui va lui réussir à merveille dans les mois qui suivent : jouer perso et surtout ne pas faire comme les autres, c’est une des constantes de sa stratégie politique. Alors qu’en ce début d’année tous les responsables historiques du Parti socialiste se pressent sous leurs parapluies à Jarnac autour de la tombe de François Mitterrand, Ségolène Royal, rayonnante, embrasse Michelle Bachelet et Isabel, la fille de Salvador Allende, sous le soleil brûlant de l’été austral chilien. La success story est commencée. – François Mitterrand aurait fait comme moi ! crânera-t-elle. Alors que certains au PS, comme Lionel Jospin, réclameront le « droit d’inventaire » des deux septennats de Mitterrand, Ségolène Royal ne reniera jamais l’héritage de l’ancien Président. Recrutée comme conseillère à l’Élysée, avec François Hollande et Jean-Louis Bianco, par Jacques Attali en 1981, alors qu’elle n’a que vingt-huit ans, elle lui doit beaucoup. Et c’est sans doute en observant les techniques de vieux singe du monarque républicain qu’elle est devenue un fin stratège de la politique. Comme lui, ses origines familiales sont de droite, comme lui, elle s’est imposée à la hussarde au Parti socialiste et, comme lui, elle aime le pouvoir. vd2y2028.JPG Photo : Mathieu Mouraud « LA ZAPATERREUR » Pendant trois mois, au printemps 2005, je réalisais un documentaire sur la présidente de la Région Poitou-Charentes. Contrairement à Nicolas Sarkozy et à Bernadette Chirac, dont j’avais fait le portrait la même année, Ségolène Royal accepta de me rencontrer régulièrement et d’ouvrir les portes de l’hôtel de Région. Si, de l’avis quasi général, elle tenait ses promesses de campagne, la vie quotidienne s’avérait très pénible pour ses adversaires politiques, mais aussi pour certains membres de son propre camp. Très vite, « Zapatera » va se transformer en « Zapaterreur », un sobriquet suggéré par la presse régionale et qui va lui coller à la peau. Je me souviens de cette dame, fraîchement élue de la Région, une mère de famille sans étiquette arrivée là un peu grâce à la parité et qui se retrouvait dans l’opposition. Elle me déclara son sentiment avec une grande sincérité. – Quand j’ai su que c’était elle qui avait gagné, j’ai été gênée. Je me suis demandé comment j’allais faire pour m’opposer à elle alors que je la trouvais très bien. Eh bien, monsieur, je n’ai eu aucun mal et je suis très déçue, elle ne respecte pas l’opposition ! C’est vrai qu’en séance du conseil régional elle fait tout sauf écouter ses adversaires politiques. À gauche, difficile de convaincre un élu de s’exprimer devant la caméra, mais, en off, certains socialistes me confiaient leur exaspération devant « les méthodes autoritaires » dans les prises de décisions et le souci constant, presque obsessionnel, d’apparaître dans les médias. Marie Legrand, vice-présidente verte de la Région, élue de la majorité, donc, mais moins exposée que ses collègues socialistes, accepta de répondre à mes questions ouvertement. – La présidente travaille de manière solitaire. Nous n’avons en tant qu’élus aucune délégation de signature, donc tous les courriers sont centralisés sur le bureau de la présidente. Nous sommes sous-utilisés, elle a du mal à tenir compte de l’opinion de plusieurs personnes pour se forger la sienne. Moi, je pense que c’est important de s’appuyer sur les autres. Peut-être a-t-elle un manque de confiance envers les autres. – Elle m’a dit une fois : « Je sais déléguer, mais je contrôle tout. » – Alors… Elle ne sait pas déléguer, mais elle contrôle tout ! À force, la rumeur va courir la Région, jusqu’à devenir encombrante pour Ségolène Royal. Son sourire devant les caméras ne serait qu’une façade, la dame de fer se cacherait derrière son regard de velours. Lors du meeting anniversaire de son arrivée à la tête de la Région, la présidente va prendre la peine d’y répondre : – J’entends dire de moi que je serais autoritaire… Mais, quand un homme fait la même chose, on dit qu’il fait preuve de caractère ! Alors j’assume ! L’argument n’est pas faux, mais bien pratique pour botter en touche. En fait, cette prise de pouvoir à la hussarde est une stratégie mûrement réfléchie. À son arrivée à la tête de la Région, Ségolène a systématiquement mis en difficulté les élites de gauche comme de droite pour se rapprocher du peuple, ses électeurs. Pour « faire des économies », elle a d’abord troqué la Vel Satis de Raffarin pour une Laguna ; ensuite, et coup sur coup, elle a désengagé la Région du parc du Futuroscope, symbole de la réussite de Poitiers, elle a coupé des subventions à certaines associations sous le prétexte qu’elles n’avaient pas mis le logo « Poitou-Charentes » sur leurs prospectus, menacé les patrons de ne plus bénéficier du soutien de la Région et isolé certains notables confortablement installés. À l’inverse, elle s’est efforcée de développer le tourisme rural, de valoriser les petites initiatives économiques et elle s’est rapprochée de la jeunesse en appliquant la démocratie participative dans les lycées. Chaque fois, elle a pris soin de médiatiser largement toutes ses actions, des plus grandes aux plus modestes. Au terme de mon enquête en 2005, j’avais rencontré « la Zapaterreur » pour un long entretien, elle avait répondu franchement à mes questions sur sa conception de l’exercice du pouvoir. – « La Zapaterreur », ça vous va, comme surnom ? – Oui, il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne sont pas critiqués. – Il faut faire peur pour être élu ? – Non, mais pour exercer les responsabilités il faut être un peu craint, oui. L’autorité, c’est être craint. – Quand vous êtes arrivée à la Région, vous avez organisé ça ? Pour vous faire respecter ? – Oui, bien sûr. Bon, je me suis dit : « Je suis une femme, ils vont faire un peu n’importe quoi… » Oui, j’ai organisé ça… Des règles. – Vous voulez dire qu’une femme doit être plus carrée ? – Oui. – Il faut qu’elle s’impose plus ? – Oui. Il faut que l’autorité soit sans faiblesse, sans ambiguïté, disons. – Donc vous avez fait table rase dans votre Région ? – Non, pas table rase, j’ai remis à plat, oui. J’ai cherché à comprendre les choses. C’est normal, c’est moi qui aurai des comptes à rendre aux électeurs. Comme avait dit Pierre Bourdieu dans sa vidéo posthume, diffusée sur le Net par Pierre Carles, Ségolène parle comme une femme de droite quand elle affirme que « l’autorité, c’est être craint ». À gauche, on privilégie plutôt l’autorité par délégation de pouvoir obtenue à l’issue d’un vote, donc pour un temps donné et révocable. – Vous êtes un peu comme Nicolas Sarkozy : une action, un jour, un média. Vous n’agissez jamais sans penser à la communication. Même à gauche, on vous reproche votre action médiatique. – Mais non, c’est important, ça fait partie de la pédagogie. – Quand vous avez une action, vous pensez aux médias ? – Je pense à le faire savoir, connaître. Pas à chaque fois. Mais ça valorise l’action politique. – Ça vous valorise, vous ? – Oui, mais moi, je suis valorisée parce que j’ai été élue. Ma responsabilité, c’est de faire des choses et de les faire connaître. Les gens savent que j’agis. J’ai une mission, je la remplis, c’est très militaire : mission, action, réaction ! – C’est un peu grâce à votre papa qui était militaire ? – Pourquoi pas ? On a une mission, on la remplit, on rend compte, c’est assez simple. Donc, dans le fait de rendre compte, il y a une partie pour le faire savoir, sinon la mission n’est pas achevée. Habituée jusque-là au travail ministériel avec une équipe qu’elle choisit, et donc à sa disposition, Ségolène Royal semble avoir fait des efforts pour respecter les élus de l’assemblée régionale. J’ai revu la vice-présidente verte, Marie Legrand, à Poitiers en novembre 2006 ; pour elle, la situation s’était améliorée et elle n’avait plus à se plaindre de l’attitude de la présidente. Mais son influence grandissante au niveau national peut aussi avoir fait taire les critiques depuis mon enquête début 2005 en région Poitou-Charentes, on ne sait jamais… Le monde change. Après l’élection d’Angela Merkel au poste de chancelière d’Allemagne, Michelle Bachelet clamait : « Le temps des femmes est venu » pendant sa campagne électorale au Chili, et dans ce pays particulièrement catho et macho le pari n’était pas gagné. Jadis un handicap pour les postes à responsabilités, le fait d’appartenir à ce qu’on appelait autrefois le « sexe faible » est en passe de devenir un argument électoral. Le 17 octobre 2006, Emmanuel Kessler, journaliste de La Chaîne parlementaire (LCP), termine le premier débat télévisé pour l’investiture du candidat socialiste, qui oppose Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn et Ségolène Royal, par une question à la candidate : – Ségolène Royal, pour conclure, ce qui fait votre différence ? – Ce qui fait ma différence, c’est déjà aux autres de le dire. On est parfois peut-être les plus mal placés. En tout cas, il y en a une qui est visible, sur laquelle je n’insisterai pas… La seule différence que Ségolène Royal trouve à dire, c’est donc son corps, son sexe. L’argument n’est pas du niveau d’un débat politique, mais Ségolène, particulièrement attentive aux enquêtes d’opinion, sait très bien que la principale motivation de ceux qui déclarent, à ce moment de la campagne interne, vouloir voter pour elle, c’est qu’« elle est une femme ». Être une femme aujourd’hui en politique, c’est presque devenu un programme en soi… « Je crois que je corresponds à quelque chose qui est dans l'air du temps », avait d’ailleurs avoué Ségolène Royal lors d’un autre entretien. D’une certaine manière, les Français, lassés par le personnel politique « homme », envisageraient de changer de marque en prenant « femme ». Les puristes du débat démocratique s’insurgent contre cette « démocratie d’opinion », qui serait une menace pour les partis et les idées qu’ils défendent, puisque par définition l’opinion publique est versatile. Pour eux, le Président élu incarne des choix politiques et doit prendre des mesures qui quelquefois sont impopulaires. Ceux-là espèrent encore que la « bulle » Ségolène va exploser en vol, car pour eux la présidentielle n’est pas un « concours de beauté » et les Français vont se lasser du sourire Colgate de la dame du Poitou. Mais les Présidents successifs ont tellement « oublié » leurs promesses lorsqu’ils étaient au pouvoir que les citoyens ont peu à peu désertés le collectif pour se recroqueviller dans leurs intérêts particuliers. Ainsi, Ségolène Royal mais également Nicolas Sarkozy ont tous deux pris l’option de se retourner vers le peuple en répondant à ses aspirations du moment, avec le risque du « peopolisme », une nouveauté en politique, à la croisée du populisme et du vedettariat. Mais quand Sarkozy le combattant choisit la « rupture », il est vrai, depuis peu, « tranquille », Royal la séduisante propose les « désirs d’avenir ». Avec leurs slogans respectifs, le premier incarne la décision mais aussi la désunion, quand la deuxième fait appel à l’envie et à l’appétit. Et quand on regarde la femme, comme elle nous y invitait lors du premier débat sur La Chaîne parlementaire… du désir, il peut y en avoir ! De l’avis général chez mes confrères journalistes, la gracieuse Ségolène peut de temps en temps jouer de son pouvoir de séduction. Que ce soit en région Poitou-Charentes ou au niveau de la presse nationale, ses sourires et son regard en ont troublé plus d’un. À la fin d’une séance du conseil général à Poitiers, je me trouvais face à la présidente, aux côtés de Didier Monteil, un journaliste de La Nouvelle République, qui lui posait quelques questions. Devant le sourire figé de Mme Royal, un peu agaçant à la fin, je me suis adressé à mon confrère : – Elle utilise la séduction auprès de vous, ici, en région ? – Ah oui, elle joue de la séduction, mais ça marche ou ça ne marche pas, ça dépend des journalistes. Je me retourne vers elle, elle ne sourit plus. Son visage s’est fermé. Dur. – Non, je ne suis pas dans un rapport de séduction, je suis dans le débat intellectuel. – Vous voyez, là, eh bien, vous ne souriez plus quand on vous parle de ça. Personnellement, je me suis retrouvé à deux reprises en situation « limite » par rapport à cette fameuse séduction. La première fois, c’était sur le marché des Hérolles, un tout petit patelin à la limite ouest du département de la Vienne, célèbre pour son marché de moutons et de brebis. Au petit matin, la présidente de la Région et sa suite se sont régalés d’une tête de veau sauce gribiche, arrosée de vin rouge et de café au lait… Puis, en se baladant sur le marché, « Ségo », comme on l’appelle dans les campagnes, s’intéressa de très près à de superbes fouets en cuir de bœuf, généralement utilisés dans ce coin de France pour conduire les troupeaux. – Ils sont beaux, ces fouets ! confie-t-elle discrètement à son voisin. Mais, sentant peut-être qu’elle est observée, elle se ravise et, en rigolant sous cape : – Je ne vais quand même pas acheter des fouets devant tout le monde… Avec l’équipe, on s’est regardés. On imaginait bien l’image de Royal avec son fouet à la main pour dompter les « éléphants » socialistes ! Mais la visite des étals continue. Cette fois, un charcutier a arrêté le petit cortège et, tout en découpant quelques belles tranches de jambon cru, il lance d’une voix de commerçant fier de sa marchandise : – C’est pour la prochaine présidente de la République ! À part un petit rire, la présidente de Région ne répond pas. Nous sommes début 2005 et elle n’a même pas déclaré qu’elle pourrait envisager sa candidature. Je m’approche. – Alors, madame Royal, ça vous intéresse ? – Quoi donc ?, me répond-elle d’un air ingénu. – Ben, d’y aller, de faire campagne pour la présidence de la République ! Et là, je ne sais pas ce qui lui prend, mais avec un sourire coquin elle approche sa main droite de ma joue et… me fait carrément une petite caresse sur le menton ! Une toute petite, genre « cajolette », mais quand même ! Je suis resté sur place comme deux ronds de flan. Elle est repartie en rigolant. En avril 2006, elle m’a refait le coup. Nous étions à Cambrin, une bourgade du Pas-de-Calais, elle avait fait un de ses discours faciles à comprendre mais un peu creux, genre « Travail-Famille-Nation », et à la sortie, alors qu’elle n’avait voulu répondre à aucune des questions des journalistes présents, je lui demande : – Pourquoi vous êtes venue ici, madame ? – Mais c’est pour vous, voyons… Et hop ! une nouvelle caresse, et avec la paume s’il vous plaît ! Non mais, je rêve ! Cette fois, j’ai protesté. – Ah, non ! on ne touche pas les journalistes, madame ! C’est interdit ! Rien à faire, là, j’étais grillé. Frank Bayard, le même cameraman qui avait filmé la première caresse, me fit comprendre qu’il avait tout compris. D’ailleurs, la rumeur a commencé à courir un peu partout dans le milieu des journalistes : « John Paul Lepers serait l’amant caché de Ségolène Royal. » Un poil flatté, j’ai laissé courir, mais ici je vous dois la vérité : il n’y a jamais rien eu… sauf les deux petites caresses, qui, elles, sont filmées. On arrête ici les bêtises, mais j’en tire une conclusion. Pour la première fois, les journalistes masculins doivent faire face à une nouvelle forme de pression : la séduction des femmes politiques ; c’est nouveau pour nous, mais pas pour nos consœurs. Car, en France, les histoires d’amour entre le personnel politique et les journalistes sont un sport national, avec leurs champions : Giscard, Mitterrand, Chirac et plusieurs de leurs ministres respectifs. Et, comme jusque-là les principaux politiques étaient des hommes, les aventures se sont plutôt concrétisées avec nos copines journalistes. Les quelques femmes politiques qui ont réussi à se faufiler à travers le filet de sélection ultramachiste de notre République mettaient un point d’honneur à ne pas trop exposer leur féminité. Veste et pantalon ou tailleur strict, le plus souvent bras couverts, les femmes se conformaient jusqu’à présent, comme leurs homologues masculins, à un uniforme laïque, peu sexué. Seule fantaisie, la couleur, et pas toujours du meilleur goût. Paradoxalement, c’est Ségolène Royal, la « mère la pudeur », comme l’avaient surnommée ses amis socialistes suite à ses prises de position contre les pubs racoleuses dans la rue et les strings à l’école, qui a innové : jupes en mousseline, chemisiers légers, escarpins à fines lanières. Entendons-nous bien, Ségolène ne drague pas les journalistes, elle cherche à séduire l’électeur, comme tout candidat. Elle a donc particulièrement travaillé son look lors de ses apparitions publiques. Longtemps elle a eu une appréhension à parler en public ; elle a fait des progrès, mais on reste encore loin des talents de tribun de François Mitterrand hier ou de Nicolas Sarkozy aujourd’hui. Alors Ségolène compense avec des mots simples et doux, des longs silences, des larges sourires et une proximité presque familiale. C’est à Frangy-en-Bresse, fin août 2006, lorsqu’elle fut accueillie à la fête de la rose par Arnaud Montebourg, que j’ai repéré sa technique. Voici ses premiers mots, face à un public qui n’est pas le sien et qui n’a rien compris au brutal revirement de leur mentor, le député Montebourg, qui venait quelques jours plus tôt, et sans concertation, de rallier le camp de cette femme qui se présentait devant eux habillée de blanc. – Vous êtes là ? – Oui ! répondent quelques voix dans la foule. – Vous êtes contents ? – Oui ! [Ils sont plus nombreux.] – Moi aussi, je suis heureuse de vous voir si nombreux… Votre présence est un trésor, qui ne me donne que des devoirs et aucun droit… Et je me dis, en vous voyant, que ma première responsabilité, c’est d’être tout simplement à la hauteur de ce que vous êtes, aussi nombreux, de votre gentillesse, de votre générosité, de votre patience aussi. Il y a du mystère dans cette silhouette fragile, immaculée, quelque chose d’hypnotique dans son phrasé où chaque mot se détache, flatte et enveloppe son auditoire, conquis sans que presque rien ne soit dit, juste de l’amour. Nous sommes aux antipodes du bateleur en costume sombre qui martèle ses mots et emporte l’adhésion par la force de ses arguments. Quelques jours après sa brillante désignation par les militants socialistes, au mois de novembre 2006, Ségolène Royal me recevra dans son bureau de l’Assemblée nationale. Intrigué par sa réussite, je commence bille en tête : – Nicolas Sarkozy, que vous devez maintenant affronter, est un redoutable politique, qui a beaucoup d’expérience. Comment comptez-vous rassurer les Français par rapport à cet homme qui apparaît plus structuré que vous ? – Il n’est pas plus structuré, il a des moyens, il a l’UMP, il a le ministère de l’Intérieur, le gouvernement, certains groupes de presse, il a la puissance de l’argent, il a le patronat, il a des moyens que je n’ai pas. Mais moi, j’ai la croyance dans l’intelligence collective des Français, voilà. – Vous, c’est le peuple, en fait ? – Voilà. – C’est magique, un peu, vous ? – Pourquoi ? Pourquoi les femmes seraient magiques ? – Quand vous parlez à la tribune, vous n’avez pas une très bonne voix, vous n’êtes pas très bonne oratrice, par rapport à lui. Il y a une part d’irrationnel. Est-ce que vous le ressentez, ça ? – Non, ce n’est pas du tout irrationnel, c’est un mépris pour les gens de dire ça. C’est tout à fait sensé, fondé, ça s’explique. – Vous ne pensez pas qu’il y a quelque chose comme un magnétisme qui peut passer entre un candidat et une foule ? Il y a quelque chose d’irrationnel dans ce magnétisme. – Mais non, mais pourquoi moi ? Ce n’est pas un peu misogyne, ça ? – Pourquoi ? - Les gens ne sont pas inintelligents. – Je ne dis pas que vous êtes une sorcière ! – Ben ce n’est pas loin ! Pourquoi « irrationnel » ? Pourquoi, dès qu’une femme parle, c’est irrationnel ? Ce sont les vieux relents… Bientôt vous allez dire « hystérique », ou « folle ». Non, les gens, ils écoutent peut-être parce que je dis des choses intéressantes… – Quand on regarde les gens autour de vous, on voit leurs regards, il y a une vraie espérance. – Oui, une ferveur, une chaleur, un bonheur, une espérance. Il y a un souffle d’air. Oui, bien sûr, parce que c’est le renouveau, c’est quelque chose de neuf, c’est audacieux, c’est révolutionnaire, les gens s’étonnent eux-mêmes de leur propre audace. Ça intéresse aussi beaucoup de pays étrangers, ce qui est en train de se passer, beaucoup d’étonnement, bien sûr. – Pourquoi ils regardent, à votre avis ? – Le fait qu’une femme soit investie, c’est étonnant. – C’est étonnant, oui, mais ce n’est pas suffisant, vous êtes d’accord avec moi, pour exercer le pouvoir. Et vous n’avez pas peur, justement, de cette demande de changement, qu’ils se disent : « Pourquoi pas une femme ? » et, quelque part, c’est comme une envie de consommation, si vous voyez ce que je veux dire. On ne prend plus un homme, on prend une femme… Non, mais c’est à moi de donner du contenu. Cette fois, nous sommes bien d’accord, il faudra que la candidate Royal donne du contenu à son joli discours pendant cette campagne et, de l’avis même de son entourage, ça commence à urger ! Sinon la bulle pourrait effectivement exploser. Enfin, on l’a vu encore une fois, Ségolène use et abuse du machisme présumé de ses interlocuteurs. Elle n’a pas toujours tort, mais il est de plus en plus clair que, dès qu’une question la gêne, soit elle esquive, soit elle a une phrase bien rodée du genre : « Pourquoi vous dites ça ? Parce que je suis une femme, je ne serais pas capable ? » Et toc ! Comme si, parce qu’elle est une femme, elle était capable de tout et ne faisait jamais d’erreurs. En coulisses, j’imagine Nicolas Sarkozy et son armada de conseillers préparer la réplique qui tue quand, lors d’un débat télévisé, elle lui sortira son argument massue. Une passe d’armes qui pourrait avoir lieu entre les deux tours s’ils se retrouvent face à face… PORTRAIT DE SEGOLENE ROYAL Qu’on la soutienne ou pas, c’est par son prénom qu’on l’appelle le plus souvent. Un prénom tronqué, car le véritable état civil de la candidate socialiste, ce n’est pas Ségolène mais Marie-Ségolène Royal. Marie-Ségolène, ça sent bon la jupe plissée, les cols Claudine, la messe le dimanche et le respect des valeurs familiales ! En effet, Marie-Ségolène est la quatrième d’une fratrie de huit enfants ! Un père militaire, lieutenant-colonel nostalgique de la « grandeur de la France » qui n’acceptera jamais la perte de l’Indochine, encore moins celle de l’Algérie, sévère avec ses fils destinés à la carrière militaire, indifférent à ses filles promises à devenir des épouses modèles… Née à Dakar, dans un Sénégal encore sous domination française, elle passe ses premières années sous le soleil africain, puis antillais. Les maisons sont grandes, de style colonial, avec boys locaux… Plus tard, mère de quatre enfants, elle pourra poursuivre sa carrière politique, notamment grâce aux bons soins de la nounou antillaise installée à demeure et qui élèvera sa progéniture… La vie est dure chez les Royal, même si la famille, revenue en France à Chamagne, dans les Vosges, vit confortablement dans une maison de dix pièces avec téléviseur et machine à laver. Un luxe pour l’époque. À côté de ça, les chambres ne sont pas chauffées et la toilette quotidienne se fait à l’eau froide… Ce n’est rien comparé aux valeurs, glaciales, inculquées par le père : ordre, discipline, honneur. Un peu comme à l’armée, quoi. Résultat, Marie-Ségolène cherchera à fuir la maison le plus rapidement possible. Mais, plutôt que de prendre la voie du mariage, elle préférera celle des études, et en bonne lectrice de la papesse du féminisme français, Simone de Beauvoir, recherchera l’autonomie financière pour asseoir son indépendance. Aussi choisira-t-elle la gauche, non tant par conviction que par réaction à cette droite incarnée par ce père honni… La suite, on la connaît. Paris, Sciences po, l’ENA, qu’elle passe deux fois avant d’y être admise, et la rencontre avec un gentil garçon, intelligent, jovial et tolérant : François Hollande, qui, au cabinet de Jacques Attali, la fera rentrer à l’Élysée. Pour la première fois ?… [post_title] => QUI EST SEGOLENE ROYAL ? 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Les représentants des candidats sont tombés d'accord sur l'architecture de l'échange qui comportera sept thèmes, a annoncé le PS. Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal parleront d'abord de "la France, la République et les institutions". Viendront ensuite les questions économiques et sociales, puis le triptyque éducation-recherche-environnement. Dans la foulée, ils débattront des "familles", de l'écologie et du développement durable et de l'Europe. Les questions internationales seront le dernier thème abordé. La rencontre sera retransmise par de nombreux médias. Diffusion Le débat sera retransmis, outre TF1 et France 2, par de nombreux autres médias: - France 24 retransmet le débat en direct avec traduction simultanée en anglais et en arabe, suivi d'une émission spéciale dans les trois langues. - Arte retransmet le débat en direct sur internet : www.arte.tv et met cette vidéo à la disposition des internautes pendant les 7 jours suivant la diffusion. - LCP Assemblée nationale-Public Sénat diffusent le débat avec un sous-titrage pour les personnes sourdes ou malentendantes. A 23h00 les chaînes parlementaires proposent une émission spéciale présentée par les journalistes et éditorialistes des deux rédactions. - i-Télé - BFM-TV - MTV France - NRJ 12 diffuse le débat en direct mais a annulé le projet d'émission "Le débat continue..." animée par Karl Zéro et dont la programmation avait été annoncée pour 23h00. - France 3 ne retransmet pas le débat mais propose à 23h10 une édition spéciale présentée par Louis Laforge sur le plateau des soirées électorales avec Jean-Michel Blier pour l'expertise politique et des invités. - Direct 8 ne retransmet pas le face à face mais propose de 23h00 à 23h30 "Direct 8, le débat continue" une émission animée par Philippe Labro. - RTL diffuse le débat précédé à 20h00 d'une émission au cours de laquelle Hervé Beroud plante le décor avec les éditorialistes de la station, Alain Duhamel, Jean-Michel Aphatie, Franz-Olivier Giesbert et Serge July, émission qui se poursuivra après le face à face. - Europe 1 diffuse le débat en direct sur l'antenne et en images sur le site www.europe1.fr. Une soirée spéciale est prévue dès 20h00 et se poursuivra jusqu'à minuit autour de Fabienne Le Moal et Jérôme Dorville et de leurs invités. - France Info diffuse le débat en direct précédé d'une édition spéciale à partir de 17h00 qui se poursuivra après le face à face avec réactions, commentaires et analyse. Jeudi matin, plusieurs invités interviendront lors d'une matinale spéciale. et les sites infos. [post_title] => SI VOULEZ DEBATTRE SUR LE DEBAT, C'EST ICI ! 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Le PS lui a acheté un billet en classe économique, mais, à Roissy, le chef d’escale de la Varig, une compagnie brésilienne, l’a gentiment surclassée en business ; Ségolène est déjà une vedette. Deux jours plus tôt, un sondage du Figaro Magazine l’a placée pour la première fois en tête de toutes les personnalités politiques, de droite comme de gauche, avec 49 % d'opinions favorables. Elle devance de Villepin, Kouchner et Sarkozy, qui, lui, enregistre une baisse de neuf points. En ce début d’année, le vent semble tourner. La petite délégation française fait une escale à l’aéroport de São Paolo, au Brésil. La dizaine de journalistes qui l’accompagne est admise dans le salon VIP mis à disposition par la compagnie. Nous avons deux heures avant le départ pour Santiago du Chili. Patrick Menucci se précipite vers un ordinateur connecté à Internet : un autre sondage du Journal du dimanche, qui paraît le lendemain, est annoncé. Le vice-président de la région PACA a été désigné un peu par hasard par le Parti socialiste pour gérer le déplacement. Jusque-là, il n’était pas particulièrement proche de la présidente de la Région Poitou-Charentes, mais ce soir-là il choisit son cheval pour la présidentielle, ce sera Ségolène. Il vient de trouver la page sur Internet. – Écoutez ça : « Plus de la moitié des Français, 53 %, estiment que Ségolène Royal a la stature d’un président de la République, selon un sondage IFOP. » Elle dépasse tous les autres, 39 % pour DSK, 36 pour Lang et 31 pour Fafa. Hollande, 21 %... Menucci n’en revient pas. Mme Royal n’a pas entendu, elle est concentrée sur son téléphone, un peu à l’écart. Elle tient sa main devant la bouche, je la filme de loin. Un peu plus tard, j’apprendrai qu’elle est en communication avec son compagnon François Hollande. Il lui annonce un autre sondage très favorable, qui sera publié le lendemain dans Le Parisien Dimanche et qui la place encore largement en tête des candidats socialistes. L’image est étonnante : la favorite des sondages, qui voit ses rêves de conquête du pouvoir décoller, assise près d’un superbe piano à queue et, derrière elle, une immense photo d’un avion qui justement décolle, le ciel orangé constellé d’étoiles lumineuses. La Royal en route vers le zénith ? Un photographe de Paris-Match vient d’arriver à mes côtés. Il tente la photo, mais, s’apercevant qu’elle est observée, Ségolène se lève et part s’isoler dans un salon particulier. En quelques minutes, ce voyage a pris une tournure particulière. Trois sondages, coup sur coup, qui peuvent changer la donne. Très vite, les journalistes sollicitent une réaction, ils peuvent envoyer leur son ou une dépêche à leur rédaction. Mais Ségolène Royal, comme si elle avait déjà préparé de longue date le moment où sa chance viendrait, ne voudra rien déclarer sur le sujet. – Pas question pour moi de commenter la politique française à l’étranger ! On croirait entendre Chirac en déplacement officiel. Ça y est, elle se prend déjà pour la présidente de la République. Ça promet ! Lors de la deuxième étape du vol de São Paolo vers le Chili, il n’y aura pas de classe affaires. Au-dessus de la cordillère des Andes, Mme Royal acceptera de parler, mais en off, à des consœurs journalistes. Elle évoquera son avenir et ses craintes : que les « éléphants » du PS ne se liguent contre elle autour de Lionel Jospin, qui à l’époque n’avait pas encore déclaré sa volonté de revenir en politique. Arrivée à l’hôtel, elle menacera sèchement celles qui avaient eu le privilège de ses confidences : – Attention ! Il n’est pas question de raconter ce que je vous ai dit, sinon je ne vous donnerai rien d’autre. Ce serait mauvais dans le contexte… Le « contexte », c’est qu’elle va devenir de plus en plus importante, et les rédacteurs en chef vont demander du Ségo alors qu’elle sera moins facile à approcher pour les reporters. C’est elle qui choisira dorénavant, il ne faut donc pas se fâcher avec elle. Au bout de trois jours de voyage, alors que les autres journalistes seront en train d’envoyer leurs papiers à Paris, elle m’accordera enfin quelques minutes. Autour de nous l’ambiance est festive. La caravane de campagne de Bachelet fraye son chemin dans la foule de ce quartier populaire d’une ville de pêcheurs au sud de la capitale, Santiago. Ségolène est particulièrement attentive aux techniques locales de campagne. « La Michelle », comme on dit ici, est debout, juchée à la proue d’un gros pick-up, entourée de solides gardes du corps. Pendant toute la journée, elle a ainsi parcouru plusieurs agglomérations de la zone portuaire, traversant les banlieues pour saluer les habitants regroupés aux fenêtres et le long des routes, s’arrêtant dans les centres-villes pour prononcer un discours, en utilisant son véhicule comme une tribune mobile. Pratique, efficace et pas cher. – C’est bien, cette caravane, ça me donne des idées ! Je sens que j’ai une ouverture, je sors ma caméra, mais attention, la consigne est toujours de ne pas parler de politique française, sinon elle se fâche. Je ruse en tentant la comparaison entre les deux femmes. – Madame Royal, c’est quoi votre principal point commun avec Michelle Bachelet ? – C’est la sérénité. Elle disait que, si elle était la mieux placée, elle irait et, sinon, qu’elle n’irait pas. C’est pas mal ! – Comme pour vous, ce sont les sondages qui l’ont amenée à être candidate. – Oui, c’est vrai. – Et puis, vous êtes toutes deux filles de militaire. – Oui, nous sommes héritières d’une forme d’éducation. – Elle ne voulait pas faire de politique. Qu’est-ce qui l’a poussée, à votre avis ? – Elle était la plus populaire. Et puis, elle a peut-être réagi à la mondialisation de la bêtise machiste. Ceux qui résistent, qui disent : « Elle n’a pas la carrure, elle n’est pas capable. » C’est même arrivé à des hommes. Quand je pense à Alain Duhamel, avec ses critiques, je note qu’il avait exactement les mêmes à l’égard de François Mitterrand en 1981 quand il soutenait Giscard. – Sur le fait qu’il n’y connaissait rien en économie ? – Voilà ! – Mais c’est vrai, vous n’y connaissez rien, vous non plus… – C’est faux ! Ce que j’entends sur moi, c’est exactement ce qu’il disait sur François Mitterrand : « Il n’y connaît rien en économie, il n’est pas digne de représenter la France à l’étranger. » Mais, en même temps, c’est bon signe ! Et hop ! c’est Mme Royal qui a évoqué toute seule les questions françaises ! Faut dire qu’elle avait une dent contre Alain Duhamel, qui venait tout juste de publier Les Prétendants 2007, dans lequel il avait « volontairement », dira-t-il, oublié la personne de Ségolène Royal. Je ne fanfaronnerai pas : dans ce petit livre, Thomas et moi ne sommes pas à l’abri d’un oubli ni d’une grosse bourde ! Mais, dans ce cas, nous ne dirons pas qu’on l’a fait exprès… Ce voyage est clairement le point de départ de la campagne victorieuse de « la Zapatera », surnom qui lui fut donné juste après l’élection de José Luis Zapatero, le Premier ministre espagnol, pour l’investiture du Parti socialiste, et au-delà pour la présidentielle. En même temps qu’elle entame la construction de son image internationale, elle pratique sa technique habituelle qui va lui réussir à merveille dans les mois qui suivent : jouer perso et surtout ne pas faire comme les autres, c’est une des constantes de sa stratégie politique. Alors qu’en ce début d’année tous les responsables historiques du Parti socialiste se pressent sous leurs parapluies à Jarnac autour de la tombe de François Mitterrand, Ségolène Royal, rayonnante, embrasse Michelle Bachelet et Isabel, la fille de Salvador Allende, sous le soleil brûlant de l’été austral chilien. La success story est commencée. – François Mitterrand aurait fait comme moi ! crânera-t-elle. Alors que certains au PS, comme Lionel Jospin, réclameront le « droit d’inventaire » des deux septennats de Mitterrand, Ségolène Royal ne reniera jamais l’héritage de l’ancien Président. Recrutée comme conseillère à l’Élysée, avec François Hollande et Jean-Louis Bianco, par Jacques Attali en 1981, alors qu’elle n’a que vingt-huit ans, elle lui doit beaucoup. Et c’est sans doute en observant les techniques de vieux singe du monarque républicain qu’elle est devenue un fin stratège de la politique. Comme lui, ses origines familiales sont de droite, comme lui, elle s’est imposée à la hussarde au Parti socialiste et, comme lui, elle aime le pouvoir. vd2y2028.JPG Photo : Mathieu Mouraud « LA ZAPATERREUR » Pendant trois mois, au printemps 2005, je réalisais un documentaire sur la présidente de la Région Poitou-Charentes. Contrairement à Nicolas Sarkozy et à Bernadette Chirac, dont j’avais fait le portrait la même année, Ségolène Royal accepta de me rencontrer régulièrement et d’ouvrir les portes de l’hôtel de Région. Si, de l’avis quasi général, elle tenait ses promesses de campagne, la vie quotidienne s’avérait très pénible pour ses adversaires politiques, mais aussi pour certains membres de son propre camp. Très vite, « Zapatera » va se transformer en « Zapaterreur », un sobriquet suggéré par la presse régionale et qui va lui coller à la peau. Je me souviens de cette dame, fraîchement élue de la Région, une mère de famille sans étiquette arrivée là un peu grâce à la parité et qui se retrouvait dans l’opposition. Elle me déclara son sentiment avec une grande sincérité. – Quand j’ai su que c’était elle qui avait gagné, j’ai été gênée. Je me suis demandé comment j’allais faire pour m’opposer à elle alors que je la trouvais très bien. Eh bien, monsieur, je n’ai eu aucun mal et je suis très déçue, elle ne respecte pas l’opposition ! C’est vrai qu’en séance du conseil régional elle fait tout sauf écouter ses adversaires politiques. À gauche, difficile de convaincre un élu de s’exprimer devant la caméra, mais, en off, certains socialistes me confiaient leur exaspération devant « les méthodes autoritaires » dans les prises de décisions et le souci constant, presque obsessionnel, d’apparaître dans les médias. Marie Legrand, vice-présidente verte de la Région, élue de la majorité, donc, mais moins exposée que ses collègues socialistes, accepta de répondre à mes questions ouvertement. – La présidente travaille de manière solitaire. Nous n’avons en tant qu’élus aucune délégation de signature, donc tous les courriers sont centralisés sur le bureau de la présidente. Nous sommes sous-utilisés, elle a du mal à tenir compte de l’opinion de plusieurs personnes pour se forger la sienne. Moi, je pense que c’est important de s’appuyer sur les autres. Peut-être a-t-elle un manque de confiance envers les autres. – Elle m’a dit une fois : « Je sais déléguer, mais je contrôle tout. » – Alors… Elle ne sait pas déléguer, mais elle contrôle tout ! À force, la rumeur va courir la Région, jusqu’à devenir encombrante pour Ségolène Royal. Son sourire devant les caméras ne serait qu’une façade, la dame de fer se cacherait derrière son regard de velours. Lors du meeting anniversaire de son arrivée à la tête de la Région, la présidente va prendre la peine d’y répondre : – J’entends dire de moi que je serais autoritaire… Mais, quand un homme fait la même chose, on dit qu’il fait preuve de caractère ! Alors j’assume ! L’argument n’est pas faux, mais bien pratique pour botter en touche. En fait, cette prise de pouvoir à la hussarde est une stratégie mûrement réfléchie. À son arrivée à la tête de la Région, Ségolène a systématiquement mis en difficulté les élites de gauche comme de droite pour se rapprocher du peuple, ses électeurs. Pour « faire des économies », elle a d’abord troqué la Vel Satis de Raffarin pour une Laguna ; ensuite, et coup sur coup, elle a désengagé la Région du parc du Futuroscope, symbole de la réussite de Poitiers, elle a coupé des subventions à certaines associations sous le prétexte qu’elles n’avaient pas mis le logo « Poitou-Charentes » sur leurs prospectus, menacé les patrons de ne plus bénéficier du soutien de la Région et isolé certains notables confortablement installés. À l’inverse, elle s’est efforcée de développer le tourisme rural, de valoriser les petites initiatives économiques et elle s’est rapprochée de la jeunesse en appliquant la démocratie participative dans les lycées. Chaque fois, elle a pris soin de médiatiser largement toutes ses actions, des plus grandes aux plus modestes. Au terme de mon enquête en 2005, j’avais rencontré « la Zapaterreur » pour un long entretien, elle avait répondu franchement à mes questions sur sa conception de l’exercice du pouvoir. – « La Zapaterreur », ça vous va, comme surnom ? – Oui, il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne sont pas critiqués. – Il faut faire peur pour être élu ? – Non, mais pour exercer les responsabilités il faut être un peu craint, oui. L’autorité, c’est être craint. – Quand vous êtes arrivée à la Région, vous avez organisé ça ? Pour vous faire respecter ? – Oui, bien sûr. Bon, je me suis dit : « Je suis une femme, ils vont faire un peu n’importe quoi… » Oui, j’ai organisé ça… Des règles. – Vous voulez dire qu’une femme doit être plus carrée ? – Oui. – Il faut qu’elle s’impose plus ? – Oui. Il faut que l’autorité soit sans faiblesse, sans ambiguïté, disons. – Donc vous avez fait table rase dans votre Région ? – Non, pas table rase, j’ai remis à plat, oui. J’ai cherché à comprendre les choses. C’est normal, c’est moi qui aurai des comptes à rendre aux électeurs. Comme avait dit Pierre Bourdieu dans sa vidéo posthume, diffusée sur le Net par Pierre Carles, Ségolène parle comme une femme de droite quand elle affirme que « l’autorité, c’est être craint ». À gauche, on privilégie plutôt l’autorité par délégation de pouvoir obtenue à l’issue d’un vote, donc pour un temps donné et révocable. – Vous êtes un peu comme Nicolas Sarkozy : une action, un jour, un média. Vous n’agissez jamais sans penser à la communication. Même à gauche, on vous reproche votre action médiatique. – Mais non, c’est important, ça fait partie de la pédagogie. – Quand vous avez une action, vous pensez aux médias ? – Je pense à le faire savoir, connaître. Pas à chaque fois. Mais ça valorise l’action politique. – Ça vous valorise, vous ? – Oui, mais moi, je suis valorisée parce que j’ai été élue. Ma responsabilité, c’est de faire des choses et de les faire connaître. Les gens savent que j’agis. J’ai une mission, je la remplis, c’est très militaire : mission, action, réaction ! – C’est un peu grâce à votre papa qui était militaire ? – Pourquoi pas ? On a une mission, on la remplit, on rend compte, c’est assez simple. Donc, dans le fait de rendre compte, il y a une partie pour le faire savoir, sinon la mission n’est pas achevée. Habituée jusque-là au travail ministériel avec une équipe qu’elle choisit, et donc à sa disposition, Ségolène Royal semble avoir fait des efforts pour respecter les élus de l’assemblée régionale. J’ai revu la vice-présidente verte, Marie Legrand, à Poitiers en novembre 2006 ; pour elle, la situation s’était améliorée et elle n’avait plus à se plaindre de l’attitude de la présidente. Mais son influence grandissante au niveau national peut aussi avoir fait taire les critiques depuis mon enquête début 2005 en région Poitou-Charentes, on ne sait jamais… Le monde change. Après l’élection d’Angela Merkel au poste de chancelière d’Allemagne, Michelle Bachelet clamait : « Le temps des femmes est venu » pendant sa campagne électorale au Chili, et dans ce pays particulièrement catho et macho le pari n’était pas gagné. Jadis un handicap pour les postes à responsabilités, le fait d’appartenir à ce qu’on appelait autrefois le « sexe faible » est en passe de devenir un argument électoral. Le 17 octobre 2006, Emmanuel Kessler, journaliste de La Chaîne parlementaire (LCP), termine le premier débat télévisé pour l’investiture du candidat socialiste, qui oppose Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn et Ségolène Royal, par une question à la candidate : – Ségolène Royal, pour conclure, ce qui fait votre différence ? – Ce qui fait ma différence, c’est déjà aux autres de le dire. On est parfois peut-être les plus mal placés. En tout cas, il y en a une qui est visible, sur laquelle je n’insisterai pas… La seule différence que Ségolène Royal trouve à dire, c’est donc son corps, son sexe. L’argument n’est pas du niveau d’un débat politique, mais Ségolène, particulièrement attentive aux enquêtes d’opinion, sait très bien que la principale motivation de ceux qui déclarent, à ce moment de la campagne interne, vouloir voter pour elle, c’est qu’« elle est une femme ». Être une femme aujourd’hui en politique, c’est presque devenu un programme en soi… « Je crois que je corresponds à quelque chose qui est dans l'air du temps », avait d’ailleurs avoué Ségolène Royal lors d’un autre entretien. D’une certaine manière, les Français, lassés par le personnel politique « homme », envisageraient de changer de marque en prenant « femme ». Les puristes du débat démocratique s’insurgent contre cette « démocratie d’opinion », qui serait une menace pour les partis et les idées qu’ils défendent, puisque par définition l’opinion publique est versatile. Pour eux, le Président élu incarne des choix politiques et doit prendre des mesures qui quelquefois sont impopulaires. Ceux-là espèrent encore que la « bulle » Ségolène va exploser en vol, car pour eux la présidentielle n’est pas un « concours de beauté » et les Français vont se lasser du sourire Colgate de la dame du Poitou. Mais les Présidents successifs ont tellement « oublié » leurs promesses lorsqu’ils étaient au pouvoir que les citoyens ont peu à peu désertés le collectif pour se recroqueviller dans leurs intérêts particuliers. Ainsi, Ségolène Royal mais également Nicolas Sarkozy ont tous deux pris l’option de se retourner vers le peuple en répondant à ses aspirations du moment, avec le risque du « peopolisme », une nouveauté en politique, à la croisée du populisme et du vedettariat. Mais quand Sarkozy le combattant choisit la « rupture », il est vrai, depuis peu, « tranquille », Royal la séduisante propose les « désirs d’avenir ». Avec leurs slogans respectifs, le premier incarne la décision mais aussi la désunion, quand la deuxième fait appel à l’envie et à l’appétit. Et quand on regarde la femme, comme elle nous y invitait lors du premier débat sur La Chaîne parlementaire… du désir, il peut y en avoir ! De l’avis général chez mes confrères journalistes, la gracieuse Ségolène peut de temps en temps jouer de son pouvoir de séduction. Que ce soit en région Poitou-Charentes ou au niveau de la presse nationale, ses sourires et son regard en ont troublé plus d’un. À la fin d’une séance du conseil général à Poitiers, je me trouvais face à la présidente, aux côtés de Didier Monteil, un journaliste de La Nouvelle République, qui lui posait quelques questions. Devant le sourire figé de Mme Royal, un peu agaçant à la fin, je me suis adressé à mon confrère : – Elle utilise la séduction auprès de vous, ici, en région ? – Ah oui, elle joue de la séduction, mais ça marche ou ça ne marche pas, ça dépend des journalistes. Je me retourne vers elle, elle ne sourit plus. Son visage s’est fermé. Dur. – Non, je ne suis pas dans un rapport de séduction, je suis dans le débat intellectuel. – Vous voyez, là, eh bien, vous ne souriez plus quand on vous parle de ça. Personnellement, je me suis retrouvé à deux reprises en situation « limite » par rapport à cette fameuse séduction. La première fois, c’était sur le marché des Hérolles, un tout petit patelin à la limite ouest du département de la Vienne, célèbre pour son marché de moutons et de brebis. Au petit matin, la présidente de la Région et sa suite se sont régalés d’une tête de veau sauce gribiche, arrosée de vin rouge et de café au lait… Puis, en se baladant sur le marché, « Ségo », comme on l’appelle dans les campagnes, s’intéressa de très près à de superbes fouets en cuir de bœuf, généralement utilisés dans ce coin de France pour conduire les troupeaux. – Ils sont beaux, ces fouets ! confie-t-elle discrètement à son voisin. Mais, sentant peut-être qu’elle est observée, elle se ravise et, en rigolant sous cape : – Je ne vais quand même pas acheter des fouets devant tout le monde… Avec l’équipe, on s’est regardés. On imaginait bien l’image de Royal avec son fouet à la main pour dompter les « éléphants » socialistes ! Mais la visite des étals continue. Cette fois, un charcutier a arrêté le petit cortège et, tout en découpant quelques belles tranches de jambon cru, il lance d’une voix de commerçant fier de sa marchandise : – C’est pour la prochaine présidente de la République ! À part un petit rire, la présidente de Région ne répond pas. Nous sommes début 2005 et elle n’a même pas déclaré qu’elle pourrait envisager sa candidature. Je m’approche. – Alors, madame Royal, ça vous intéresse ? – Quoi donc ?, me répond-elle d’un air ingénu. – Ben, d’y aller, de faire campagne pour la présidence de la République ! Et là, je ne sais pas ce qui lui prend, mais avec un sourire coquin elle approche sa main droite de ma joue et… me fait carrément une petite caresse sur le menton ! Une toute petite, genre « cajolette », mais quand même ! Je suis resté sur place comme deux ronds de flan. Elle est repartie en rigolant. En avril 2006, elle m’a refait le coup. Nous étions à Cambrin, une bourgade du Pas-de-Calais, elle avait fait un de ses discours faciles à comprendre mais un peu creux, genre « Travail-Famille-Nation », et à la sortie, alors qu’elle n’avait voulu répondre à aucune des questions des journalistes présents, je lui demande : – Pourquoi vous êtes venue ici, madame ? – Mais c’est pour vous, voyons… Et hop ! une nouvelle caresse, et avec la paume s’il vous plaît ! Non mais, je rêve ! Cette fois, j’ai protesté. – Ah, non ! on ne touche pas les journalistes, madame ! C’est interdit ! Rien à faire, là, j’étais grillé. Frank Bayard, le même cameraman qui avait filmé la première caresse, me fit comprendre qu’il avait tout compris. D’ailleurs, la rumeur a commencé à courir un peu partout dans le milieu des journalistes : « John Paul Lepers serait l’amant caché de Ségolène Royal. » Un poil flatté, j’ai laissé courir, mais ici je vous dois la vérité : il n’y a jamais rien eu… sauf les deux petites caresses, qui, elles, sont filmées. On arrête ici les bêtises, mais j’en tire une conclusion. Pour la première fois, les journalistes masculins doivent faire face à une nouvelle forme de pression : la séduction des femmes politiques ; c’est nouveau pour nous, mais pas pour nos consœurs. Car, en France, les histoires d’amour entre le personnel politique et les journalistes sont un sport national, avec leurs champions : Giscard, Mitterrand, Chirac et plusieurs de leurs ministres respectifs. Et, comme jusque-là les principaux politiques étaient des hommes, les aventures se sont plutôt concrétisées avec nos copines journalistes. Les quelques femmes politiques qui ont réussi à se faufiler à travers le filet de sélection ultramachiste de notre République mettaient un point d’honneur à ne pas trop exposer leur féminité. Veste et pantalon ou tailleur strict, le plus souvent bras couverts, les femmes se conformaient jusqu’à présent, comme leurs homologues masculins, à un uniforme laïque, peu sexué. Seule fantaisie, la couleur, et pas toujours du meilleur goût. Paradoxalement, c’est Ségolène Royal, la « mère la pudeur », comme l’avaient surnommée ses amis socialistes suite à ses prises de position contre les pubs racoleuses dans la rue et les strings à l’école, qui a innové : jupes en mousseline, chemisiers légers, escarpins à fines lanières. Entendons-nous bien, Ségolène ne drague pas les journalistes, elle cherche à séduire l’électeur, comme tout candidat. Elle a donc particulièrement travaillé son look lors de ses apparitions publiques. Longtemps elle a eu une appréhension à parler en public ; elle a fait des progrès, mais on reste encore loin des talents de tribun de François Mitterrand hier ou de Nicolas Sarkozy aujourd’hui. Alors Ségolène compense avec des mots simples et doux, des longs silences, des larges sourires et une proximité presque familiale. C’est à Frangy-en-Bresse, fin août 2006, lorsqu’elle fut accueillie à la fête de la rose par Arnaud Montebourg, que j’ai repéré sa technique. Voici ses premiers mots, face à un public qui n’est pas le sien et qui n’a rien compris au brutal revirement de leur mentor, le député Montebourg, qui venait quelques jours plus tôt, et sans concertation, de rallier le camp de cette femme qui se présentait devant eux habillée de blanc. – Vous êtes là ? – Oui ! répondent quelques voix dans la foule. – Vous êtes contents ? – Oui ! [Ils sont plus nombreux.] – Moi aussi, je suis heureuse de vous voir si nombreux… Votre présence est un trésor, qui ne me donne que des devoirs et aucun droit… Et je me dis, en vous voyant, que ma première responsabilité, c’est d’être tout simplement à la hauteur de ce que vous êtes, aussi nombreux, de votre gentillesse, de votre générosité, de votre patience aussi. Il y a du mystère dans cette silhouette fragile, immaculée, quelque chose d’hypnotique dans son phrasé où chaque mot se détache, flatte et enveloppe son auditoire, conquis sans que presque rien ne soit dit, juste de l’amour. Nous sommes aux antipodes du bateleur en costume sombre qui martèle ses mots et emporte l’adhésion par la force de ses arguments. Quelques jours après sa brillante désignation par les militants socialistes, au mois de novembre 2006, Ségolène Royal me recevra dans son bureau de l’Assemblée nationale. Intrigué par sa réussite, je commence bille en tête : – Nicolas Sarkozy, que vous devez maintenant affronter, est un redoutable politique, qui a beaucoup d’expérience. Comment comptez-vous rassurer les Français par rapport à cet homme qui apparaît plus structuré que vous ? – Il n’est pas plus structuré, il a des moyens, il a l’UMP, il a le ministère de l’Intérieur, le gouvernement, certains groupes de presse, il a la puissance de l’argent, il a le patronat, il a des moyens que je n’ai pas. Mais moi, j’ai la croyance dans l’intelligence collective des Français, voilà. – Vous, c’est le peuple, en fait ? – Voilà. – C’est magique, un peu, vous ? – Pourquoi ? Pourquoi les femmes seraient magiques ? – Quand vous parlez à la tribune, vous n’avez pas une très bonne voix, vous n’êtes pas très bonne oratrice, par rapport à lui. Il y a une part d’irrationnel. Est-ce que vous le ressentez, ça ? – Non, ce n’est pas du tout irrationnel, c’est un mépris pour les gens de dire ça. C’est tout à fait sensé, fondé, ça s’explique. – Vous ne pensez pas qu’il y a quelque chose comme un magnétisme qui peut passer entre un candidat et une foule ? Il y a quelque chose d’irrationnel dans ce magnétisme. – Mais non, mais pourquoi moi ? Ce n’est pas un peu misogyne, ça ? – Pourquoi ? - Les gens ne sont pas inintelligents. – Je ne dis pas que vous êtes une sorcière ! – Ben ce n’est pas loin ! Pourquoi « irrationnel » ? Pourquoi, dès qu’une femme parle, c’est irrationnel ? Ce sont les vieux relents… Bientôt vous allez dire « hystérique », ou « folle ». Non, les gens, ils écoutent peut-être parce que je dis des choses intéressantes… – Quand on regarde les gens autour de vous, on voit leurs regards, il y a une vraie espérance. – Oui, une ferveur, une chaleur, un bonheur, une espérance. Il y a un souffle d’air. Oui, bien sûr, parce que c’est le renouveau, c’est quelque chose de neuf, c’est audacieux, c’est révolutionnaire, les gens s’étonnent eux-mêmes de leur propre audace. Ça intéresse aussi beaucoup de pays étrangers, ce qui est en train de se passer, beaucoup d’étonnement, bien sûr. – Pourquoi ils regardent, à votre avis ? – Le fait qu’une femme soit investie, c’est étonnant. – C’est étonnant, oui, mais ce n’est pas suffisant, vous êtes d’accord avec moi, pour exercer le pouvoir. Et vous n’avez pas peur, justement, de cette demande de changement, qu’ils se disent : « Pourquoi pas une femme ? » et, quelque part, c’est comme une envie de consommation, si vous voyez ce que je veux dire. On ne prend plus un homme, on prend une femme… Non, mais c’est à moi de donner du contenu. Cette fois, nous sommes bien d’accord, il faudra que la candidate Royal donne du contenu à son joli discours pendant cette campagne et, de l’avis même de son entourage, ça commence à urger ! Sinon la bulle pourrait effectivement exploser. Enfin, on l’a vu encore une fois, Ségolène use et abuse du machisme présumé de ses interlocuteurs. Elle n’a pas toujours tort, mais il est de plus en plus clair que, dès qu’une question la gêne, soit elle esquive, soit elle a une phrase bien rodée du genre : « Pourquoi vous dites ça ? Parce que je suis une femme, je ne serais pas capable ? » Et toc ! Comme si, parce qu’elle est une femme, elle était capable de tout et ne faisait jamais d’erreurs. En coulisses, j’imagine Nicolas Sarkozy et son armada de conseillers préparer la réplique qui tue quand, lors d’un débat télévisé, elle lui sortira son argument massue. Une passe d’armes qui pourrait avoir lieu entre les deux tours s’ils se retrouvent face à face… PORTRAIT DE SEGOLENE ROYAL Qu’on la soutienne ou pas, c’est par son prénom qu’on l’appelle le plus souvent. Un prénom tronqué, car le véritable état civil de la candidate socialiste, ce n’est pas Ségolène mais Marie-Ségolène Royal. Marie-Ségolène, ça sent bon la jupe plissée, les cols Claudine, la messe le dimanche et le respect des valeurs familiales ! En effet, Marie-Ségolène est la quatrième d’une fratrie de huit enfants ! Un père militaire, lieutenant-colonel nostalgique de la « grandeur de la France » qui n’acceptera jamais la perte de l’Indochine, encore moins celle de l’Algérie, sévère avec ses fils destinés à la carrière militaire, indifférent à ses filles promises à devenir des épouses modèles… Née à Dakar, dans un Sénégal encore sous domination française, elle passe ses premières années sous le soleil africain, puis antillais. Les maisons sont grandes, de style colonial, avec boys locaux… Plus tard, mère de quatre enfants, elle pourra poursuivre sa carrière politique, notamment grâce aux bons soins de la nounou antillaise installée à demeure et qui élèvera sa progéniture… La vie est dure chez les Royal, même si la famille, revenue en France à Chamagne, dans les Vosges, vit confortablement dans une maison de dix pièces avec téléviseur et machine à laver. Un luxe pour l’époque. À côté de ça, les chambres ne sont pas chauffées et la toilette quotidienne se fait à l’eau froide… Ce n’est rien comparé aux valeurs, glaciales, inculquées par le père : ordre, discipline, honneur. Un peu comme à l’armée, quoi. Résultat, Marie-Ségolène cherchera à fuir la maison le plus rapidement possible. Mais, plutôt que de prendre la voie du mariage, elle préférera celle des études, et en bonne lectrice de la papesse du féminisme français, Simone de Beauvoir, recherchera l’autonomie financière pour asseoir son indépendance. Aussi choisira-t-elle la gauche, non tant par conviction que par réaction à cette droite incarnée par ce père honni… La suite, on la connaît. Paris, Sciences po, l’ENA, qu’elle passe deux fois avant d’y être admise, et la rencontre avec un gentil garçon, intelligent, jovial et tolérant : François Hollande, qui, au cabinet de Jacques Attali, la fera rentrer à l’Élysée. Pour la première fois ?… [post_title] => QUI EST SEGOLENE ROYAL ? 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