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[Même Pas Peur…] De me Lever

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Un matin de repos, Saïd s’est levé tôt malgré tout. Pas pour prendre la direction de son lieu de travail, non, mais pour aller prendre son petit déjeuner devant l’appartement de Faïza et Mohammed, menacés d’expulsion.

Le café coule dans les verres en plastique. Sur la table, des croissants, des brioches, des pains au chocolat. Le fumet du liquide amer donne envie, il réchauffe déjà à l’idée qu’il pourra bientôt tiédir les mains de celui qui le portera, les narines de celui qui le humera, puis le gosier de celui qui le boira. Il est 7h, et le jour se lève à peine à l’aube de l’hiver. La vapeur qui s’échappe des verres se mêle à la fumée des expirations de la petite dizaine de personnes regroupée là, rue de la Mare, dans le XXe arrondissement de Paris.

« Les gens se parlent de moins en moins… et du fait qu’il ne se parlent pas ils ont tendance à croire que ça n’arrive qu’aux autres ».

Said fait partie du petit groupe ensommeillé, agglutiné autour de la petite table devant l’immeuble de Faïza et Mohammed. Comme tous les matins depuis une semaine, il est là. « Une expulsion c’est toute une vie qu’on fou en l’air ! » s’insurge-t-il, les paupières encore engourdies de fatigue.

Saïd est là, encore deux jours… Car après-demain le couple pourra souffler, le temps de la trêve hivernale, jusqu’au 1er avril. Empêtrés dans une administration qu’ils découvrent, les deux artistes peintres devenus insolvables ont reçu l’ordre de quitter l’appartement qu’ils occupent depuis plus de 10 ans maintenant, racheté aujourd’hui par une société financière. Comme 40 000 personnes en France, ils sont rentrés malgré eux dans une bataille juridique pour pouvoir rester dans ce quartier qu’ils ne se voient pas quitter.

Et la rumeur de l’expulsion prochaine de Faïza et Mohammed est allée gronder jusqu’aux oreilles de Saïd alors qu’il distribuait « l’Humanité » sur la place voisine, comme tous les dimanche.  « Il n’y a rien de pire que d’être foutu dehors comme ça ! C’est un vrai traumatisme pour eux, humainement c’est insupportable. ». Si Saïd ne connait pas tous les détails de l’histoire, elle incarne pour lui le monde qu’il rejette et contre lequel il lutte au quotidien : « l’injustice, les inégalités, l’absence de solidarité… on vit dans un monde inhumain, c’est déplorable… ». Alors ce communiste « presque de naissance » qui ne vit que pour son engagement, s’est levé un matin pour soutenir le couple, inconnu jusqu’alors, afin « qu’ils se sentent épaulés et qu’ils aient la force de lutter pour ce qu’ils jugent juste ».

Puis c’est devenu une habitude : quand il ne se lève pas pour partir travailler au gymnase dont il assure le bon fonctionnement et l’entretien à l’autre bout de Paris, Saïd se lève pour Faïza et Mohammed.

« C’est difficile de se lever le matin, mais on se lève bien pour aller bosser ! Sauf que là, on le fait ni pour l’argent ni pour la célébrité, mais parce que c’est juste ».

Alors Saïd ne compte pas ses heures de sommeil, comme il ne compte pas les années. Né « environ en 1968 », peut-on lire sur sa carte d’identité comorienne qu’il s’amuse à montrer, il est « comme l’arbre qui pousse, là, sans rien demander à personne ». Celui qui, les racines bien ancrée dans la réalité du bitume parisien laisse à son feuillage la liberté d’être caressé par le doux rêve d’un autre monde possible, juste et solidaire. « Aujourd’hui c’est eux, demain ça peut être moi. Alors, eux ou moi, pas de différence ! Il n’y a donc pas à réfléchir 36 000 fois, mais simplement laisser parler son cœur…».

Réalisation : Flore Viénot

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